Pourquoi ne ferait-on que reproduire des procédures et appliquer des recettes, mais pas résoudre de vrais problèmes ni chercher alors que c’est ce que font les mathématiciens ? Et pourquoi ne pas faire raconter aux élèves leurs recherches pour apprendre à comprendre un énoncé, à articuler leurs idées, à construire des raisonnements et à exprimer leur pensée ?
D’une part, l’élève relate toutes les étapes de son travail, de la lecture de l’énoncé à sa conclusion, aussi bien ses idées, ses trouvailles, que ses doutes, ses hésitations, ses fausses pistes et ses erreurs. Il précise encore ses aides éventuelles et ses sources d’inspiration, qu’elles soient humaines, bibliographiques ou virtuelles. Il n’y a pas d’obligation de résolution du problème mathématique posé. D’autre part, l’enseignant s’engage à faire porter son évaluation sur ces divers aspects sans privilégier la solution.
Pour exprimer une pensée mathématique, on se sert de sa langue. Pour argumenter, on utilise des mots. Pour prouver, on déplie une suite de phrases imbriquées selon les règles logiques (l’hygiène du mathématicien) en utilisant beaucoup de mots liens. Et pour produire du raisonnement mathématique, il y a une recherche qui elle aussi s’exprime dans la langue vernaculaire.
« Une narration de recherche est l’exposé détaillé, écrit par l’élève lui-même, de la suite des activités qu’il met en œuvre lors de la recherche des solutions d’un problème de mathématiques[1]A. Chevalier & M. Sauter, Narration de recherche, IREM de Montpellier.. » Il s’agit pour l’élève de chercher certes, mais aussi de décrire son travail et de donner ses impressions sur celui-ci.
Il y a donc deux parties dans la narration de recherche : la recherche et le récit qui en est fait.
Une illustration montre le gros Dédé et le chien Boudin sur une balance (140 kg), le gros Dédé et le petit Francis (145 kg), le petit Francis et le chien Boudin (35 kg).
« En utilisant les informations données par ces trois dessins, détermine combien pèsent le gros Dédé, le petit Francis et le chien Boudin[2]Chr. Devred et coll., Écrire dans toutes les disciplines — écrire en mathématiques, téléchargeable à l’adresse https://bit.ly/46d0Orx. Consulté le 8juin 2023.. »
Si j’ai un point, je peux tracer au maximum zéro segment.
Si j’ai deux points, je peux tracer au maximum un segment.
Si j’ai trois points, je peux tracer au maximum trois segments.
Si j’ai quatre points, combien de segments puis-je tracer ?
Et si j’ai cinq points ? Six ? Sept ? Douze ? Vingt ? Cent-huit ?

Considérez la suite
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Pour quelles valeurs de a strictement positives, cette suite converge-t-elle (c’est-à dire tend vers une valeur) ?
La narration est un contrat qui engage les élèves à raconter au mieux toutes les étapes de leur recherche, à joindre éventuellement leurs brouillons, à préciser les aides éventuelles, à expliquer comment leur sont venues de nouvelles idées. Et elle engage l’enseignant à s’intéresser aux démarches, aux stratégies et aux chemins empruntés par les élèves sans donner la priorité à la solution. Par ailleurs, pour les problèmes adressés aux jeunes de fin secondaire, il n’y a pas toujours de solution ou, en tous cas, pas de solution unique.
La démarche narrative n’est pas immédiate. Elle peut engendrer du scepticisme, de la crainte, voir des inhibitions. Mais, ceux qui la pratiquent dans leurs classes observent qu’au deuxième ou troisième exercice de ce type, un véritable engouement des élèves se manifeste. Et, au-delà des erreurs de syntaxe et d’orthographe, on peut être frappé par une remarquable lucidité des enfants et des jeunes sur leurs démarches de pensée.
Il faut une question suffisamment ouverte, un bon problème (on ne le saura qu’après l’avoir testé), suffisamment difficile, mais pas trop compliqué au point de provoquer le rejet, le dégout ou le découragement. La réponse ne peut être donnée dans l’énoncé, il faut donc éviter des formulations du type « démontrer que… » L’énoncé doit encore être relativement succinct et vite compris, susciter l’intérêt, provoquer l’activité et engendrer des démarches riches et variées. Et il faut être attentif aux difficultés que crée l’habillage. Si la solution est trop évidente ou obtenue en quelques clics, il n’y aura pas de recherche et donc, pas de récit.
Même si l’objectif d’une narration n’est pas d’aboutir à des textes bien léchés et irréprochables d’un point de vue formel, cela peut être un bon exercice pour les élèves — pour peu que cela fasse l’objet d’un travail spécifique en classe — quant à l’usage :
La narration de recherche peut être une fin en soi ou rebondir à un débat au sein de la classe. Selon des modalités variables : en jetant en pâture des solutions erronées, incomplètes ou des réponses abouties, cohérentes, ou les deux. En analysant des démarches pour en déceler forces et faiblesses. En poussant à la preuve de propositions formulées par les élèves.
Notes de bas de page
| ↑1 | A. Chevalier & M. Sauter, Narration de recherche, IREM de Montpellier. |
|---|---|
| ↑2 | Chr. Devred et coll., Écrire dans toutes les disciplines — écrire en mathématiques, téléchargeable à l’adresse https://bit.ly/46d0Orx. Consulté le 8juin 2023. |