Édito

Au printemps, c’est le traditionnel weekend d’écriture de TRACeS. Ce coup-ci on avait rendez-vous pour un Weekend émotions. On se sentait un peu cons : qu’est-ce qu’on va faire, qu’est-ce qu’on va dire ? Ça nous avait semblé une bonne idée : parler des émotions qui rôdent en sous-marin et de ce que l’école en fait, ou pas. On s’était même une fois pris le chou sur le sujet, il y avait donc matière à débat. L’inquiétude, c’était de surfer sur une vague à la mode qui nous énerve souvent, celle qui prône le « travail sur les émotions » en classe, les espaces pour « déposer » et tous ces trucs un peu cucul. Pourtant, il fallait s’y arrêter.

Lordon dresse dans « Vivre sans » le portrait de l’école étendue dont il rêve et qui apprendrait aussi à réparer les vélos, les premiers soins médicaux, des savoirs nutritionnels (qui « repoussent le besoin de médecine »), et peut-être aussi « le minimum pas trop normatif qui aide à être un peu moins cons dans les relations humaines ». Difficile de ne pas être d’accord. Le message clair, celui qui s’enseigne maintenant dans pas mal d’écoles primaires, beaucoup d’adultes gagneraient à l’utiliser. On le retrouve d’ailleurs dans les formations d’autodéfense féministe : « T’es trop près/J’aime pas ça/Dégage ! », c’est aussi un message clair.

Puis, il y avait l’idée des « phrases qui tuent » à l’école — ça, ça nous parlait. Nous sommes d’ailleurs partis de là. Les phrases qui nous ont fait mal quand on était petiots, ou quand on était vieux déjà. On les liste, on se les balance à la figure. Il y a du lourd, et de l’étonnamment léger : on se demande ce qui a bien pu faire mal, dans cette phrase. Ça nous sert de détonateur d’écriture. Au premier round de lecture de textes, on se rend compte que ça ne part pas forcément là où on aurait pensé, et qu’on s’est beaucoup dévoilé·e·s. L’émotion est palpable, il y a des larmes qui se perdent.

Mireille Cifali nous dit que la haine de soi, la haine de l’autre, la haine du différent… se distille au fil des mots. « Le ton trahit, le rythme des mots également. » « Harcelant, sarcastique, ironique, nous parlons sans cesse sans nous entendre, tant la rencontre humaine est fondée sur la peur, masquant une fragilité qui ne veut pas être reconnue. » Elle nous dit qu’à l’école, ce lieu « où les uns ont des objectifs pour les autres »,
il est urgent d’aboutir à une éthique de la parole.

On n’a pas la recette. On tâtonne. Et vous ?

Comité de rédaction