Étudier, ça veut dire quoi?

Que signifie étudier en mathématique ? Et en français ?
Que font les élèves pour étudier ? Étudier de la théorie
et/ou de la pratique ? Étudie-t-on pour réussir un examen ?
Un cours sans rien à étudier ? Deux enseignants nous livrent leurs réflexions autour de ces questions.

Pour certains étudiants, étudier un cours de math s’assimile à la lecture d’un roman : assis dans le fauteuil ou sur leur lit, ils tournent les pages en essayant tant bien que mal de retenir l’histoire… Pas passionnante du tout, faut l’avouer. D’autres font des exercices de façon compulsive en buvant des boissons énergisantes : quand ils ont épuisé la liste de tous les exercices proposés, ils en redemandent. La déception est grande quand cela ne mène pas à la réussite.

Quelques pistes pour améliorer
son étude en mathématiques

  • Très jeune, l’enfant devrait pouvoir expliquer à n’importe qui, avec ses mots, ce qu’il a fait en classe. Plus tard, l’étudiant devrait avant tout, avoir une vue globale, connaitre le plan du cours, les titres de chapitres et comment ils s’organisent en sections.
  • L’enfant devrait pouvoir dire à quelle question il a répondu, quel problème il a résolu, quelle notion a été abordée en classe. Dans chaque chapitre, l’étudiant doit savoir quels types de problèmes ont été traités et quels concepts ont été développés. Les deux sont indispensables. Il doit bien resituer la chronologie des matières abordées, comment elles se sont enchainées.
  • Au début de la scolarité, la théorie n’a pas l’importance qu’elle prend par la suite. Plus tard, l’élève doit parcourir la théorie étape par étape et s’arrêter là où ça coince en ayant recours à ses pairs ou à l’enseignant.
  • L’élève doit reprendre problème après problème, exercice après exercice et envisager les étapes de résolution. S’il voit comment faire, il passe au suivant. S’il ne voit pas, il prend le temps qu’il faut pour le refaire en cachant la solution qu’il avait obtenue en classe.

Pourquoi étudier en français

Dans mon ancienne école, les sessions d’examen étaient des moments de concurrence entre les matières. Un peu le concours de celui qui avait la plus longue liste de points de matière à étudier. Il ne fallait pas passer pour un petit joueur. En français, j’allongeais la liste en mettant sur plusieurs lignes les biographies des différents auteurs vus en classe, je scindais les différents concepts de leurs œuvres pour gonfler mes bulletins points (autour de Camus : connaitre et comprendre l’existentialisme + l’absurde + sa divergence de pensée avec Sartre + l’analyse de l’incipit et du dénouement de L’étranger). Ça compensait le fait que je ne pratiquais pas de lèche-vitrine de fin de période, ces moments où certains collègues distribuaient des points de matières qui étaient vus en 20 minutes en classe et pouvaient donc allonger la liste de matière à connaitre pour l’examen…

Au degré supérieur, la pression des contenus à voir du programme est moins forte que dans d’autres matières. La maitrise du français est principalement axée sur une maitrise de compétence, mais ça n’est pas le fond noble de la matière. Ce qui est considéré comme prestigieux et que les élèves comme les parents attendent du prof, c’est de l’érudition. Connaitre l’histoire littéraire, les grands courants, les grands auteurs et œuvres. Ce qui amène certains élèves à me dire : « On dirait trop un cours d’histoire le cours de français. » Je crois que c’est souvent le cas parce que le sens commun veut qu’un cours sérieux soit un cours ayant du contenu à étudier.

« Certaines connaissances n’ont aucun intérêt théorique, juste un intérêt pratique. »

J’en étais donc arrivée à faire étudier la structure d’un texte argumenté ou le fonctionnement d’un débat. Alors que ces connaissances n’ont aucun intérêt théorique, juste un intérêt pratique.

En revanche, pour l’analyse littéraire, se construire une érudition est en effet nécessaire, avoir internet sous la main ne suffit pas pour démultiplier le sens d’une œuvre. Pour parvenir à formuler des analyses complexes et pertinentes, il faut connaitre : d’autres œuvres auxquelles faire référence (analyse intertextuelle) la terminologie et théorie (versification, narration) le contexte historique et littéraire.

L’analyse démultiplie le sens d’un texte, déploie un tissu de réflexions ou d’émotions qui n’apparaissent pas forcément au lecteur non initié. L’analyse nourrit le gout de la lecture. Surtout quand les élèves ont l’occasion de la pratiquer eux-mêmes, de ne pas juste en être le réceptacle. L’idée est donc de les faire étudier pour les outiller à analyser, pas trop de leur faire étudier des analyses déjà pensées.