Que signifie étudier en mathématique ? Et en français ?
Que font les élèves pour étudier ? Étudier de la théorie
et/ou de la pratique ? Étudie-t-on pour réussir un examen ?
Un cours sans rien à étudier ? Deux enseignants nous livrent leurs réflexions autour de ces questions.
Pour certains étudiants, étudier un cours de math s’assimile à la lecture d’un roman : assis dans le fauteuil ou sur leur lit, ils tournent les pages en essayant tant bien que mal de retenir l’histoire… Pas passionnante du tout, faut l’avouer. D’autres font des exercices de façon compulsive en buvant des boissons énergisantes : quand ils ont épuisé la liste de tous les exercices proposés, ils en redemandent. La déception est grande quand cela ne mène pas à la réussite.
Dans mon ancienne école, les sessions d’examen étaient des moments de concurrence entre les matières. Un peu le concours de celui qui avait la plus longue liste de points de matière à étudier. Il ne fallait pas passer pour un petit joueur. En français, j’allongeais la liste en mettant sur plusieurs lignes les biographies des différents auteurs vus en classe, je scindais les différents concepts de leurs œuvres pour gonfler mes bulletins points (autour de Camus : connaitre et comprendre l’existentialisme + l’absurde + sa divergence de pensée avec Sartre + l’analyse de l’incipit et du dénouement de L’étranger). Ça compensait le fait que je ne pratiquais pas de lèche-vitrine de fin de période, ces moments où certains collègues distribuaient des points de matières qui étaient vus en 20 minutes en classe et pouvaient donc allonger la liste de matière à connaitre pour l’examen…
Au degré supérieur, la pression des contenus à voir du programme est moins forte que dans d’autres matières. La maitrise du français est principalement axée sur une maitrise de compétence, mais ça n’est pas le fond noble de la matière. Ce qui est considéré comme prestigieux et que les élèves comme les parents attendent du prof, c’est de l’érudition. Connaitre l’histoire littéraire, les grands courants, les grands auteurs et œuvres. Ce qui amène certains élèves à me dire : « On dirait trop un cours d’histoire le cours de français. » Je crois que c’est souvent le cas parce que le sens commun veut qu’un cours sérieux soit un cours ayant du contenu à étudier.
« Certaines connaissances n’ont aucun intérêt théorique, juste un intérêt pratique. »
J’en étais donc arrivée à faire étudier la structure d’un texte argumenté ou le fonctionnement d’un débat. Alors que ces connaissances n’ont aucun intérêt théorique, juste un intérêt pratique.
En revanche, pour l’analyse littéraire, se construire une érudition est en effet nécessaire, avoir internet sous la main ne suffit pas pour démultiplier le sens d’une œuvre. Pour parvenir à formuler des analyses complexes et pertinentes, il faut connaitre : d’autres œuvres auxquelles faire référence (analyse intertextuelle) la terminologie et théorie (versification, narration) le contexte historique et littéraire.
L’analyse démultiplie le sens d’un texte, déploie un tissu de réflexions ou d’émotions qui n’apparaissent pas forcément au lecteur non initié. L’analyse nourrit le gout de la lecture. Surtout quand les élèves ont l’occasion de la pratiquer eux-mêmes, de ne pas juste en être le réceptacle. L’idée est donc de les faire étudier pour les outiller à analyser, pas trop de leur faire étudier des analyses déjà pensées.