Fuir ses responsabilités ?

CGé a des positions claires contre les inégalités scolaires. Mais, derrière nos convictions fortes, il y a des réalités que nous ne pouvons ignorer.

Mi-juillet, nous avons vu arriver la nouvelle Déclaration de politique communautaire[1]vu.fr/VTCyX. CGé a rapidement réagi en relevant trois points particulièrement critiquables : une volonté déclarée de lutter contre la pénurie en mettant à mal le statut actuel des enseignants et en demandant aux nouveaux de travailler plus, un retour à l’orientation précoce des élèves et, par là, un retour à l’idée que les élèves ne seraient capables d’apprendre qu’en fonction de leur talent[2]vu.fr/AvmCL. Ces points trahissent l’esprit du Pacte qui, malgré ses défauts de conception et de mise en œuvre, est une des réformes les plus ambitieuses vers plus d’égalité scolaire. Certains qualifient nos critiques d’extrêmes (voire extrémistes), mais si lutter pour l’égalité scolaire signifie être extrémiste, alors nous assumons pleinement ! Maintenir les inégalités scolaires de notre système scolaire relève d’un extrémisme bien plus flagrant.

« Est-ce à chaque enfant de trouver l’école adaptée à son niveau, ou est-ce à chaque école d’accueillir et de former tous les élèves, quel que soit leur niveau ? »

Le débat sous-jacent touche à une question fondamentale : est-ce à chaque enfant de trouver l’école adaptée à son niveau, ou est-ce à chaque école d’accueillir et de former tous les élèves, quel que soit leur niveau ?

CGé favorise le deuxième modèle : un système où chaque école est capable de s’adapter aux besoins des élèves présents, sans relégation, ni exclusion, ni sélection. Une approche qui se veut idéologique au sens noble du terme, liée à la conviction du toustes capables et de l’école comme un lieu d’émancipation. Mais, une telle approche doit tenir compte des questions pratiques qui en découlent et qui rendent la vie des enseignants difficile.

Aujourd’hui, il semble acquis que l’école fonctionne avec des codes dont certains élèves sont beaucoup plus familiers, ce qui leur donne un grand avantage. Un des grands défis est donc de déterminer comment amener tous les élèves à ces codes. Il y a les mesures concernant le Français langue des apprentissages (FLA), mais elles sont très loin d’être suffisantes[3]changement-egalite.be/tout-est-relatif-2.

Un deuxième défi concerne la différenciation. Si nous estimons que chaque école de tronc commun doit travailler avec tous les élèves, sans renvoyer les plus faibles dans des écoles plus adaptées à leur niveau, il faut proposer des solutions pour les problèmes pratiques que cela pose. Comment éviter, en classe, que certains soient largués et que d’autres s’ennuient ? Comment répondre aux craintes d’une baisse de niveau ?

Comment faire tout cela en tenant compte des capacités et des limites des enseignants en place, en leur laissant l’occasions et le temps de se former et de s’adapter, d’apprendre entre eux ? Facile de dire yaka si la solution n’est applicable que pour des enseignants hors pair avec des capacités particulières à analyser la situation, à penser des solutions (ou à mettre en place les institutions qui permettent au collectif de penser des solutions) et à motiver les élèves à y participer ? Dans cette même perspective : comment former les nouveaux enseignants à ces questions ? Quelles contenus et méthodes d’apprentissage en formation initiale permettront à toutes et tous de relever ces différents défis ?

Le Pacte a avancé très vite. Trop vite ? Difficile pour les différents acteurs du système d’absorber l’ensemble de ces transformations assez radicales, mais nécessaires. En l’absence de solutions plus accessibles aux différentes questions posées ci-dessus, le ras-le-bol des enseignants et la méfiance des parents ne pourront que s’accroitre. CGé propose bien des bribes, des ébauches, des idées, mais c’est insuffisant pour contrer l’ambiance sur laquelle surfe le nouveau gouvernement de la FWB pour faire passer sa politique de retour à la bonne vieille sélection sur la base de l’origine sociale dans un marché scolaire plus que jamais en concurrence. Appel donc aux forces vives, à CGé et en dehors, pour faire avancer les réponses concrètes aux défis posés. 

Notes de bas de page