Galette des rois, à l’école et à la maison

Comme tous les derniers vendredis du mois, un petit groupe d’élèves de ma classe fait de la pâtisserie avec ma collègue. Ce vendredi-là, un élève revient en classe particulièrement enthousiasmé par l’activité : «C’était trop bien, je vais faire une galette des rois à la maison!»

J’acquiesce et je lui demande s’il a un exemplaire de la recette. Il ne l’a pas, mais court chercher la feuille avec la recette restée chez ma collègue.

Arrive le lundi matin. Je lui demande comment s’est passé son weekend et s’il a bien cuisiné une galette des rois.

 C’était chouette, la préparation de la galette des rois?

 Bien, mais elle était trop sucrée, j’avais mis trop de sucre. Mais ma famille a quand même mangé sauf mon frère.

 Ah bon, pourquoi?

 Ben, j’avais pas le truc-là (il fait un cercle avec ses mains) comme Madame Laura.

 Tu veux dire une balance de cuisine?

 Oui, voilà, une balance. Et mon père, il savait pas non plus.

 Et tu n’as pas regardé la quantité de sucre sur la recette?

 Ah… J’ai oublié! J’ai pas pensé à prendre la feuille dans mon cartable!

 Mais, ton papa ne t’a pas demandé la recette?

 Ben si, je lui ai dit ce qu’il fallait faire! Il a même cassé les œufs avec moi. 

 …

Je suis restée sans voix. Mon élève avait refait la galette des rois avec son papa, à la maison, sans balance de cuisine et sans recette écrite! Le tout, sans qu’aucun membre de la famille ne s’en étonne.

« Se disent-ils que l’école est un autre monde ? »

Je précise que c’est un bon élève et qu’il vit dans une famille investie dans sa scolarité.

En discutant par la suite de l’anecdote avec ma collègue, nous avons réalisé, qu’en effet, la cuisine pouvait aussi relever d’une tradition orale, sans qu’il n’y ait usage de balance ou d’écrit.

Nous nous sommes également demandé ce que certains de nos élèves avaient l’impression de faire quand ils cuisinaient à l’école avec une balance de cuisine, des grandeurs, une recette écrite. Se disent-ils que l’école est un autre monde qui n’a rien à voir avec la vraie vie de la maison et qu’il est normal qu’on y cuisine différemmentó