Ils nous mentent !

Affiche colorée découverte sur le mur d’une école fondamentale à Bruxelles : « Tes efforts valent plus que tes résultats. Continue ton beau travail ! »

Chaque enfant a droit à l’erreur, chaque enfant doit même en faire pour apprendre. Tous les enfants ne partent pas non plus du même point de départ. À CGé, on encourage l’élève chercheur qui construit son savoir avec l’enseignant·e et avec ses pairs. Cette construction peut prendre plus ou moins de temps et être plus ou moins semée d’embuches. Au jour le jour, ne pas avoir atteint le résultat final attendu n’est donc pas une catastrophe.

Mais, quand on regarde l’ensemble du parcours scolaire, peut-on dire à un jeune qui sort de l’école : « Tes efforts ont valu plus que tes résultats » ? Le Pacte d’excellence a créé le tronc commun. Sur le site de la FWB, on peut lire : « Ce nouveau parcours d’apprentissage se veut identique pour tous les élèves quelle que soit l’école qu’ils fréquentent et quel que soit le réseau auquel celle-ci appartient. Au terme de la 3e secondaire, chaque élève aura donc vu les mêmes matières, quels que soient le ou les établissements qu’il aura fréquentés[1]enseignement.be/index.php?page=28590. » Le fait de n’avoir pas seulement vu, mais aussi compris ces matières sera sanctionné par une épreuve externe certificative, dont les détails et les conséquences pour l’élève ne sont pas encore clairs. Mais, le but affiché l’est : chaque enfant doit acquérir le même socle de base d’apprentissages[2]L’idée « chacun selon ses moyens » retrouve son sens pour les enfants à besoins spécifiques, mais il faut éviter de l’utiliser comme excuse des écarts pour tous les enfants !.

« Le CEB est généralement considéré comme une épreuve de qualité en termes de contenu, mais les résultats au CEB sont à prendre avec des pincettes. »

Selon cette logique, c’est donc bien le résultat qui compte ! Encore faut-il que la mesure de ce résultat soit réellement objective. Le CEB est généralement considéré comme une épreuve de qualité en termes de contenu, mais les résultats au CEB sont à prendre avec des pincettes tant les pratiques d’aide et autres aménagements sont répandues. Les bulletins ne veulent pas non plus dire la même chose d’une école à l’autre parce qu’on évalue souvent plus l’effort que le résultat, et, surtout, parce que la variable d’ajustement devant les énormes différences de préacquis des enfants est généralement l’attendu et non l’apprentissage. Autrement dit, si les enfants arrivent avec plus de difficultés, on baisse les exigences et ils sortent quand même avec un bulletin convenable. Avec, comme effet, un manque de conscience de beaucoup de familles de milieu populaire sur l’ampleur réelle des écarts qui séparent leurs enfants des enfants d’autres écoles et d’autres milieux. Au point où une militante de la Coalition des parents de milieux populaires et des organisations qui les soutiennent pour changer l’école déclare : « La priorité pour moi est de sensibiliser les parents sur le niveau catastrophique des apprentissages de nos enfants. »

Une autre solution proposée par certaines écoles est le renvoi de ces enfants vers d’autres écoles « plus à leur niveau ». Mais qu’est-ce que cela veut dire si l’objectif est que tous les enfants atteignent un même niveau en fin de tronc commun ?

Le Pacte propose la différenciation, ou encore la personnalisation des apprentissages. Malheureusement, cela se traduit trop souvent en une différenciation des attentes et donc des apprentissages à l’arrivée au lieu d’une différenciation des moyens mis en œuvre pour combler les écarts[3]Soyons clair : il y a des écoles qui ont la préoccupation d’amener tous les élèves au niveau requis, mais il ne me semble pas qu’il s’agit de la majorité..

Quels sont les freins au « tous capables » et à l’atteinte des mêmes acquis pour tous ? Il y a la logique de la sélection. L’ensemble de notre société est basé sur la concurrence et dans ce contexte, chacun doit se différencier de l’autre pour montrer qu’il est meilleur. L’école joue, consciemment ou non, le rôle d’arbitre dans cette différenciation. Cela explique aussi cette crainte permanente de la baisse de niveau, surtout dans les milieux favorisés : si tous les enfants réussissent, il va y avoir un problème ! Sortir de cette logique demande un changement de paradigme, une redéfinition du rôle de l’école, pour passer de ce rôle sélectif à un rôle d’émancipation pour tous. Il y a le manque de moyens structurels. Par exemple, la taille des classes[4]Venez en discuter avec nous lors de notre prochain Apéro de l’éducation :
changement-egalite.be/evenement/la-taille-des-classes/
, en tout cas de celles qui rassemblent les élèves les plus dévalorisés. Il y a la qualité d’une formation initiale qui n’arme pas les enseignants à faire face aux difficultés du métier. Il y a le manque de volonté, conscient ou non, de réduire les inégalités à l’école et dans la société. 

Notes de bas de page

Notes de bas de page
1 enseignement.be/index.php?page=28590
2 L’idée « chacun selon ses moyens » retrouve son sens pour les enfants à besoins spécifiques, mais il faut éviter de l’utiliser comme excuse des écarts pour tous les enfants !
3 Soyons clair : il y a des écoles qui ont la préoccupation d’amener tous les élèves au niveau requis, mais il ne me semble pas qu’il s’agit de la majorité.
4 Venez en discuter avec nous lors de notre prochain Apéro de l’éducation :
changement-egalite.be/evenement/la-taille-des-classes/