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Improviser avec des objets sonores

D’un certain point de vue, je trouve qu’il y a deux manières de faire de la musique : jouer quelque chose qui existe déjà ou jouer quelque chose qui n’existe pas encore. C’est bien de cette deuxième manière de jouer que je vais vous parler.

10.1.jpg Pourquoi des objets sonores ?

Les objets sonores sont des instruments que l’on peut fabriquer facilement soi-même à partir de matériaux ou d’objets de la vie quotidienne. Il ne s’agit pas de fabriquer n’importe quoi n’importe comment. Il s’agit de s’interroger sur divers objets, diverses matières et voir si on peut en tirer un son agréable à entendre. Un critère m’a toujours accompagné dans la fabrication des objets sonores : Est-ce que ce son me plait ?

Il est intéressant de demander aux enfants d’aller eux-mêmes à la « pêche aux sons ». C’est-à-dire : trouver dans les armoires, les caves ou les greniers, divers objets aux sonorités insolites : vieilles bouilloires, bocaux, boites, jouets, tuyaux… Vous pouvez alors chercher ensemble tous les sons qu’on peut produire à partir d’un seul objet. Vous pouvez aussi travailler avec diverses matières telles que du sable, de l’eau, du bois, du métal, des graines…

Un des avantages des objets sonores, c’est que chacun peut les maitriser rapidement et s’en servir tout de suite. La musique créée sera originale dans le sens où elle ne fait référence à rien de connu. Les créations auront un style particulier, différent de ce que nous écoutons d’habitude. D’autant plus que la plupart du temps, les objets sonores ne sont pas accordés suivant les notes de notre système musical. Ce qui ne signifie pas que c’est moins bien. C’est différent et cela peut justement ouvrir l’esprit à d’autres musiques.

Avec les objets sonores, tout est à inventer à partir de ce que chacun ressent et entend, aime ou n’aime pas. On part donc de la créativité, du potentiel et de l’esprit critique de chacun. Et puis, jouer avec les objets sonores c’est surtout prendre beaucoup de plaisir. C’est construire quelque chose de beau avec les compétences et la personnalité de chacun.

Explorer et manipuler

Avant de jouer ensemble avec des objets sonores ou instruments, il est nécessaire que chacun puisse les connaitre, les essayer, les regarder de près, les toucher, poser des questions. Je donne toujours comme consigne qu’on peut jouer comme on veut du moment qu’on ne casse pas l’instrument et qu’on ne lui fasse aucun mal !

Improviser

Six personnes choisissent un objet sonore, se placent en arc de cercle devant le public et reçoivent la consigne suivante : Créer une musique ensemble en improvisant avec vos instruments. Cette seule consigne peut suffire. Il arrive que certains groupes soient un peu perdus par rapport à cela. Pour les aider ou les rassurer, j’ajoute alors trois consignes :

  1. « Vous n’êtes pas obligés de commencer tous en même temps ». En effet, si tout le monde commence à jouer au même moment avec des mélodies et des rythmes différents, l’écoute devient difficile et il faut un sacré coup de chance pour que l’ensemble sonne bien. Il est donc intéressant que quelqu’un commence à jouer en donnant un rythme, une mélodie ou un fond sonore sur lequel les autres vont pouvoir construire la musique. Celui qui commence n’est pas obligé de faire quelque chose de très compliqué, cela peut être une pulsation par exemple.
  2. « Vous jouez toujours en écoutant les autres ». Vous jouez avec votre instrument quelque chose qui vous plait, qui va bien avec les autres instruments. Le même rythme que le premier, tout le temps ou une fois sur deux par exemple, une partie de ce rythme, un autre rythme qui s’accorde avec le premier, une mélodie, un son ponctuel ou toute autre chose qui vous plait.
  3. « Vous n’êtes pas obligés de jouer tout le temps ». Quand un instrument s’arrête de jouer, il peut laisser « ressortir » un autre instrument. Après s’être arrêté un petit temps, il peut reprendre ce qu’il jouait avant ou changer, trouver une autre idée pour faire évoluer la musique. Certains instruments peuvent parfois être très efficaces en n’étant joués que très ponctuellement.

L’improvisation commence quand les musiciens sont prêts et que le silence est présent. L’improvisation se terminera d’une façon ou l’autre. Soit ceux qui jouent « sentiront » la fin, se regarderont, s’arrêteront l’un après l’autre ou tous ensemble, ou alors diminueront petit à petit l’intensité du morceau. Cette façon de terminer indique la plupart du temps qu’il y a une bonne écoute entre les participants. Soit le morceau se terminera en queue de poisson. Les musiciens s’arrêteront de jouer sans trop savoir pourquoi. Soit, le temps disponible devant être partagé entre les différents groupes, l’animateur interviendra après 2 ou 3 minutes si le groupe n’arrive pas à terminer. Il se placera alors devant les musiciens et lèvera les mains ouvertes. Cela signifie que les musiciens devront penser à une fin. Il baissera ses mains lentement pendant une dizaine de secondes, puis les fermera. À ce moment, la musique sera terminée.

Avant l’improvisation, une consigne est également donnée au public : « Écoutez l’improvisation en vous demandant si cela vous plait ou pas et pourquoi ? » Ou encore : « Qu’est-ce que vous aimez ou qu’est-ce que vous n’aimez pas ? Pourquoi ? » Le fait de donner cette consigne va inciter les auditeurs à une écoute plus active. Après l’improvisation, une discussion sera engagée. Les réponses amèneront tout le monde à entrer dans la musique car on parlera notamment de rythme, de mélodie, d’intensité, de durée, de timbre, d’expression et d’harmonie. Vous pourrez ainsi vous rendre compte comment la musique a été construite et comment elle a été perçue par chacun.

Voir le livre de Vincent Van Sull, Alain Strument, Labor, 2001 :
– L’improvisation libre est un excellent point de départ pour faire de la musique ensemble car chacun est mis tout de suite dans le bain. Improviser nécessite une écoute entre les participants. Ceux-ci sont à la fois libres de jouer ce qu’ils veulent et responsables de la musique créée.
– Cette démarche peut être vécue tant avec les petits (4 ans) qu’avec les plus grands (sans limite d’âge). Il est intéressant d’observer que les critères esthétiques chez les plus jeunes ne sont pas les mêmes que les nôtres.
– En général, les improvisations que j’anime se font par 6 ou 7 personnes. Cela permet un bon équilibre sur le plan sonore. Pas trop d’instruments, ni trop peu. Bien entendu on peut déjà improviser seul ou improviser à vingt-cinq, ce qui est quand même un peu plus difficile. À vous de choisir en fonction de ce que vous souhaitez.
– Pensez aux nuances et aux caractères de la musique. Jouez fort, piano, avec énergie ou douceur. Exprimez la joie, la colère, la tristesse, la folie, l’humour, la peur, l’ennui, l’inquiétude… Pensez aux silences !

Vous pouvez aussi :
– Travailler à partir de thèmes comme La Mer, Un château hanté la nuit, L’hiver, Promenade dans la jungle,…
– Sonoriser une histoire (créer bruitages et musiques).
– Vivre la même démarche avec la voix. On n’a plus d’objet sonore, on est un instrument. Chacun trouve une sonorité avec sa voix.
– Répartir les enfants en petits groupes de 4 ou 5 pendant une quinzaine de minutes et leur demander de créer une musique à présenter ensuite à la classe.