En France, la filière professionnelle débouche entre autres sur le «bac pro» qui concerne 170.000 jeunes de 21 ans en moyenne. Au terme, 70 % optent pour la vie active et cherchent du boulot; 30 % entament des études supérieures, principalement des BTS (brevets de techniciens supérieurs très variés et très recherchés). On a le sentiment que les Français ont investi cette filière avec bien plus d’ambition et de détermination que nous.
Le Cahier pédagogique consacré aux lycées professionnels témoigne de cette ambition. On y trouve les articles «attendus» sur les difficultés de trouver et d’accompagner les stages, sur les délicats rapports à l’entreprise, sur des options «ethniques»,… Ambition ne signifie pas que les problèmes soient résolus, mais ils sont identifiés, analysés et affrontés avec volontarisme. En tout cas par les intervenants des Cahiers.
Comme toujours, dans cette excellente revue, à côté d’articles d’analyse, on peut lire des relations d’expériences et de projets dans de nombreux secteurs, du bâtiment aux travaux de bureau. La parole est donnée à des élèves, à des surveillants et à des équipes de profs. Des PPCP -projets pluridisciplinaires à caractère professionnel- font rêver et ne sont pas sans rappeler la pédagogie du projet. Ainsi, en mécanique, «on rénove depuis longtemps et on équipe un vieux camion de l’armée pour en faire un camion dentaire qui part ensuite à Madagascar. Cette action perdure, mais elle a pris sa vraie place avec les PPCP.»
De là à penser que tout baigne Outre-Quiévrain, il y a un pas à ne pas franchir. C’est encore l’ex-ministre qui pointe quelques erreurs d’approche que nous partageons avec nos voisins: «La masse des décideurs et un très grand nombre d’enseignants restent fixés sur la vision d’une filière taylorisée qui préparait à l’entrée dans la vie active sur des pistes de travail aux contenus extrêmement étroits. Tout ça a volé en éclat, les métiers «sciences pratiques» concernent 90 % de la population active.» Je relève encore à propos des élèves: «La plupart des enseignants vous le diront: ils passent les trois premiers mois à reconstruire le gout d’apprendre de jeunes qui arrivent complètement lessivés par l’idée qu’ils sont inaptes. Ce sont de grands blessés qui arrivent là: blessés par l’origine sociale et blessés par le système.»
Un cahier qui invite à sortir des incantations sur la «nécessaire revalorisation du professionnel» et à passer à des actions déterminées et ambitieuses. On en est loin!
Notes de bas de page
| ↑1 | Ça ne va plus de soi, mais ça existe encore! |
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