La belle soudure

La praticabilité de l’évaluation dans la formation du soudeur.

Très souvent, l’évaluation du travail d’un soudeur dépend de l’intuition du formateur. Non pas qu’elle soit incorrecte mais plutôt que la communication passe mal avec l’étudiant. De plus cette évaluation essentiellement sommative a lieu en fin d’apprentissage quand la tâche est terminée et qu’il n’est pratiquement plus envisageable de procéder à une quelconque remédiation qui soit perçue de manière positive par le formé.

Si le formateur a connaissance de façon claire et précise des objectifs de son enseignement, on constate une amélioration de la communication évaluative. Elle sera bien meilleure encore si les objectifs sont connus aussi par les élèves et surtout s’ils peuvent procéder à leur propre auto-évaluation en coresponsabilité avec le formateur, procédant par là à une véritable négociation sur les améliorations possibles de la tâche en cours sans qu’il ne soit question d’une quelconque pénalisation sommative sauf, peut-être, en ce qui concerne l’objectif «temps d’exécution».

Il ne s’agit pas ici de procéder à une analyse théorique de la fonction évaluative mais plutôt de proposer un schéma de mise en pratique de celle-ci basé sur l’observation et la négociation.

Pour éviter toute confusion, il sera fait référence à un vocabulaire emprunté à Daniel Hameline, auteur qui a beaucoup contribué à l’analyse par objectifs.

Un objectif général est un énoncé d’intention pédagogique, décrivant en termes de capacités de l’élève, le résultat escompté d’une séquence d’apprentissage. Par exemple, au terme de la séquence d’apprentissage, l’élève sera capable de souder en montant deux pièces d’épaisseur 10mm chanfreinées en V.

Un objectif opérationnel détaille de façon concrète l’objectif général. Il doit être univoque, observable et précis en ce qui concerne le niveau d’exigence. Par exemple, l’élève sera capable, à l’aide d’une calculette, de choisir seul à 5% près, l’intensité nécessaire pour souder avec une électrode rutile de 4 mm, en 5′.

Un objectif intermédiaire est une démultiplication de l’objectif général qui n’est pas encore observable, à démultiplier encore pour atteindre des objectifs opérationnels. Par exemple, s’il s’agit de préparer le poste de travail (objectif intermédiaire), pour qu’il soit observable, il est nécessaire de le démultiplier encore en objectifs opérationnels: nettoyage de la table, vérification du transfo, vérification de l’outillage…

Schémas d’interventions

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Les grilles d’évaluation d’atelier de soudage sont conçues d’après les procédures d’exécution de séquences d’apprentissage. La présentation imprimée (ce n’est pas un détail) est garante de la structure, de la cohérence et du soin apportés à la démarche. (Voir l’exemple de grille d’évaluation ci-contre!) Elle répond donc à la carence souvent constatée sur le terrain de l’insuffisance de la communication entre les partenaires.

Cependant, il est vite apparu qu’il ne suffit pas de mettre les élèves en situation de participation et de responsabilisation pour qu’ils se sentent concernés.

Pour que l’auto-évaluation devienne un réel appui de l’apprentissage, il est nécessaire qu’elle soit ressentie comme une aide efficace à l’acquisition d’une maitrise débouchant sur une production la plus performante possible par rapport au niveau d’excellence de chacun.

La fiche d’évaluation doit donc faire apparaitre une cohérence parfaite et visible entre la démarche formative et la démarche sommative, notamment au niveau des objectifs intermédiaires.

Les apprenants doivent trouver un intérêt, un bénéfice à s’auto-évaluer. L’un d’eux est certainement la récompense sommative de la «belle production». Plus l’auto-évaluation cogérée (élèves-formateurs) permet un diagnostic sérieux et une remédiation adéquate, plus elle peut engendrer une action dynamisante sur le plan de l’apprentissage. L’auto-évaluation vise l’autonomie, capacité générique de fin d’études s’il en est. Cela ne va pas de soi. Cela s’apprend.

Dans la mesure où l’auto-évaluation vise une compétence générique nécessitant un apprentissage et une recherche de maitrise d’excellence, il serait paradoxal qu’un contrôle systématique soit réalisé pour vérifier l’auto-contrôle. Cela n’est, par ailleurs, pas praticable. Ce n’est d’ailleurs pas souhaitable puisque l’objectif majeur est l’autonomie. L’élève doit ressentir la confiance et la responsabilisation. La rigueur aussi.

Le formateur intervient donc à la demande en fonction d’une observation négative convergente ou d’une observation divergente. L’ambiance constructive et la qualité de la communication sont ici primordiales.

Beaucoup de papier mais…

Les élèves répondent plutôt positivement à la «méthode».

Azis: «Au moins, maintenant je sais ce que je dois faire pour m’améliorer. Je n’apprécie pas toujours quand le prof n’est pas d’accord avec moi. Mais il accepte de discuter.»

Ronny: «Je trouve que c’est bien parce que si je ne réussis pas bien du premier coup, le prof vient me dire comment je dois faire sans m’enlever des points.»

John: «C’est beaucoup de papiers, mais on nous laisse le temps de les faire. C’est difficile de ne pas les tacher.»

Franco: «Cela m’aide à savoir ce que dois faire. Le prof vient m’aider quand cela ne va pas. C’est pas pour cela qu’il m’enlève des points. Je peux même recommencer si je veux. Mais alors je perds des points pour le temps.»

Michel: «Si j’veux, je réussirai toujours. Ça c’est bien.»

Un collègue: «C’est un fameux travail de préparation. Les élèves semblent apprécier, mais les consignes doivent être scrupuleuses. Il faut aussi prendre le temps de bien expliquer l’intérêt qu’ont les élèves à bien s’auto-évaluer et surtout d’insister sur la concordance des critères du sommatif par rapport au formatif. La plus grande difficulté est sans doute celle des élèves ayant des problèmes de lecture. Une aide du professeur de français n’est pas inutile. De toute façon une lecture commune est indispensable. Je remarque, en tout cas, que les élèves sont beaucoup plus actifs et demandeurs.»