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L’arbre à citrons

En classes vertes, des animateurs incitaient les enfants à trouver un arbre à citrons. Après un moment de confusion, ils se rendaient compte qu’on leur parlait d’un arbre à six troncs. Avec le tronc commun, si nous ne sommes pas vigilants, nous arriverons aussi à un arbre à troncs multiples. C’est un des enjeux majeurs des élections de cette année-ci.

 Le Pacte d’excellence a parmi ses objectifs principaux la réduction des inégalités scolaires en Fédération Wallonie-Bruxelles. Une des causes majeures de ces inégalités est l’orientation très précoce des enfants dans des filières différentes (général, technique, professionnel). Une première tentative avait été l’organisation du premier degré commun par le Contrat pour l’école, avec le CE1D comme épreuve certificative à son terme. Le Pacte prolonge d’un an ce tronc commun, revoit les référentiels pour toutes les années de ce tronc commun et introduit une série d’outils de différenciation et de personnalisation de l’accompagnement des élèves, pour que tous acquièrent les mêmes connaissances de base.

« Le tronc commun est-il un arbre à troncs multiples ? »

L’expérience du premier degré commun a montré qu’il n’est pas si commun que ça tant que les écoles qui l’organisent offrent une suite différente. Les apprentissages des jeunes en degré commun dans une école qui ensuite propose l’enseignement qualifiant (plus de 60 % des élèves en FWB) ne sont pas au même niveau que les résultats de ceux qui suivent le degré commun dans une école proposant ensuite l’enseignement de transition, avec en général des scores moyens au CE1D en dessous de la limite des 50 % chez les premiers[1]FWB, 2022, Indicateurs de l’enseignement, p. 63, https://miniurl.be/r-54p6..

Sachant cela, les acteurs du Pacte ont noté la nécessité de mettre en œuvre ce tronc commun « au sein d’établissements non étiquetés par la spécialisation de leurs filières ultérieures, ce qui suppose l’organisation de premiers degrés autonomes au cours des trois années du nouveau premier degré du secondaire et que le fondamental puisse, sur la base d’une adaptation légale, organiser les trois dernières années du tronc commun ». Le tout pour « éviter la présélection des élèves entrant dans le premier degré en fonction de l’offre de formation au-delà du tronc commun ». Les auteurs du Pacte étaient bien conscients que la « séparation géographique des établissements de tronc commun consiste en une transformation de très grande échelle qui pose de nombreux défis ». Pour amorcer ce grand changement, la proposition de compromis était d’envisager au minimum une prise en compte des nouveaux besoins « pour la construction/aménagements de nouvelles classes/écoles[2]Toutes les citations ici et ci-dessus viennent de l’avis n° 3, texte fondateur du Pacte d’excellence définissant toutes les réformes à mener : https://miniurl.be/r-54p7. ».

Depuis cet avis numéro 3, signé en 2017, plus qu’une dizaine d’écoles secondaires ont été ouvertes, et encore plus d’écoles primaires. Malheureusement, pour aucune de ces écoles, le tronc commun n’a été pris en compte lors de la création : il s’agit bien d’écoles prévues pour 6 années de primaire ou de secondaire, malgré le fait que le tronc commun arrivera en secondaire en 2026. Cela dit, il y a les prémisses d’une évolution. Un avant-projet de décret circule concernant la mise en place de projets pilotes d’écoles du tronc commun, avec une séparation en deux types d’écoles : les écoles secondaires de degré inférieur et les écoles secondaires de degré supérieur. Et certaines écoles de tronc commun sont déjà dans des étapes variables de planification[3]https://miniurl.be/r-54p9.

Mais, les résistances au décret sont déjà visibles : « Le tronc commun se heurte à une série d’obstacles législatifs. On ne peut pas les résoudre dans un temps si court », dit l’administrateur délégué du CPEONS. « On préconise plutôt une approche pragmatique, de faire avec l’existant pour éviter les dépenses inutiles », rajoute le directeur pour l’enseignement secondaire du SegeC[4]C. Huttin, « Les premières écoles du tronc commun devraient voir le jour en septembre 2024 », Le Soir du 4 décembre 2023, https://miniurl.be/r-54pa. Par ailleurs, un autre avant-projet de décret laisse la porte ouverte aux PO d’organiser des activités orientantes de façon à permettre la réintroduction d’une filiarisation dans les dernières années du tronc commun, filiarisation qu’on voulait justement éviter !

Le risque existe donc que pour des raisons « pratiques », certains acteurs plaideront pour une dilution du projet d’écoles de tronc commun, avec comme conséquence une dilution de la lutte contre les inégalités, ce qu’il faut éviter à tout prix. Restons vigilants par rapport à cet enjeu fondamental de la réforme en cours et des élections en juin !

Notes de bas de page

Notes de bas de page
1 FWB, 2022, Indicateurs de l’enseignement, p. 63, https://miniurl.be/r-54p6.
2 Toutes les citations ici et ci-dessus viennent de l’avis n° 3, texte fondateur du Pacte d’excellence définissant toutes les réformes à mener : https://miniurl.be/r-54p7.
3 https://miniurl.be/r-54p9
4 C. Huttin, « Les premières écoles du tronc commun devraient voir le jour en septembre 2024 », Le Soir du 4 décembre 2023, https://miniurl.be/r-54pa