Le bon vieux temps  ?

Éducation à la vie affective et sexuelle, la belle affaire ! Mais que va-t-on raconter à nos enfants ? Critiques et fakes circulent dans toutes les directions vis-à-vis de ce cours et de ce qui pourrait y être discuté… et me ramènent à mon enfance et à mon adolescence.

Enfance sauvage, de garçon manqué, dans laquelle tout me semblait naturel, paisible, mais dans un silence absolu sur les questions de genre et de sexe, sans projection sur mon identité future, sans questionnement sur les comportements des adultes normaux et avec de gros, d’énormes conditionnements normatifs catholiques très traditionalistes : maman au foyer, papa au travail, obligation de réussite scolaire pour les garçons, beaucoup moins de pression pour les filles…

Puis, l’adolescence tellement perturbante. Je n’ai pas trouvé ma place, je n’osais pas la prendre, je suis devenue une grande gueule fragile, suiveuse, bête… un oiseau pour le chat. Mes copines se vantaient de leurs premières amours, il fallait que j’essaie aussi, en cachette évidemment, pour être comme les autres, même si mon for intérieur savait et me criait que certaines des relations que j’entamais me nuisaient. J’ai pris des risques, je n’en parlais pas. J’avais pourtant eu un prof qui avait abordé le sujet des relations amoureuses, avec beaucoup de tact et d’humanité, un peu en marge de ses cours. Mais que pouvais-je comprendre de ce dont il témoignait, dans l’insécurité affective dans laquelle je me trouvais ? Avec le conditionnement familial que je subissais, comment aurais-je pu imaginer aller consulter un gynécologue, pousser la porte d’un planning familial ?

« Je n’avais pas appris cette rassurance et n’entrevoyais aucune place pour exprimer quoi que ce soit de personnel. »

Je garde un souvenir horrible de cette période de ma vie. J’ai vraiment le sentiment d’être passée à côté, d’être restée longtemps à la marge, décrochée, écorchée, à faire semblant que tout allait bien. Je ne me sentais pas autorisée à faire confiance à mes émotions. Je n’avais pas appris cette rassurance et n’entrevoyais aucune place pour exprimer quoi que ce soit de personnel. Cette insécurité affective m’a poursuivie durant des années : j’ai frimé, assumé, donné tout ce que j’ai pu et suis heureusement tombée malade ! La thérapie qui a suivi m’a permis de trouver une écoute qui a libéré peu à peu ma parole de l’intérieur et un peu de cette énergie vitale que j’avais tellement écrasée. Mais, quel temps perdu !

Alors, l’Evras…

Je rêve, non pas d’Evras, mais d’une école ouverte à la parole des enfants dès la maternelle, d’une école qui met en place des dynamiques de coopération et de respect mutuel, sans jugement, d’une école où les enfants peuvent apprendre à comprendre ce qu’ils vivent, à entrer en relation les uns avec les autres, dans laquelle ils parlent de ce qui les réjouit, mais aussi de ce qui leur fait peur, hors de jugements stéréotypés. C’est de ce cadre qu’a besoin l’Evras. Sinon, ils ne pourront comprendre ce qui s’y discute qu’à l’aune de ce qu’ils ont perçu des fonctionnements de l’école et de leur famille.

Comme parent, pouvons-nous revendiquer la prépondérance de nos droits dans l’éducation affective et sexuelle de nos enfants ? Je frémis quand j’entends une autorité si sure d’elle. Quelle écoute pouvons-nous avoir de la parole et des émotions de nos enfants ? Quelle confiance en eux pouvons-nous leur donner, comment les rassurer dans leurs questionnements existentiels et identitaires ? Pourrons-nous les écouter quand ils en auront besoin ? Peuvent-ils entendre autre chose que ce en quoi nous croyons, ce qu’on veut leur transmettre ? Faire une place à l’école dans cette éducation à la relation affective et sexuelle me semble la moindre des choses, pour eux et pour nous.