Le désir de qui ?

Quittant bientôt les bancs
de l’école pour être de l’autre
côté de la classe et enseigner,
je me souviens…

J’étais en 3e primaire dans une nouvelle école,
suite à la visite d’une exposition de peintres
connus, nous travaillions en atelier. Pour l’un
d’eux, nous devions réaliser une peinture à la
façon de… ( je ne me rappelle plus le nom du
peintre). Cela semblait simple, il fallait s’inspirer d’une
des oeuvres que nous avions observées au musée. En réalité,
celle qui avait été choisie par le professeur : un joli
bouquet de fleurs. Chaque élève devait alors recopier le
même tableau.

La peinture n’est pas une chose que j’ai l’habitude
de faire dans ma vie de tous les jours, mais l’activité
qui était programmée ne me déplaisait pas. Face à une
feuille blanche, je commence spontanément mon dessin,
quelques fleurs, leurs tiges, voilà mon bouquet plus
ou moins constitué. La cloche sonne, nous rendons nos
oeuvres plutôt fiers et partons jouer dans la cour.

Quelques minutes plus tard, l’institutrice s’approche
de moi en me montrant mon dessin et me demande
si je trouve que cela ressemble à la peinture initiale.
Effectivement, la ressemblance n’est pas flagrante et je
comprends assez vite que cette dame d’école est loin
d’être contente du résultat. Je lui explique que j’ai fait
ce que j’ai pu, à ma façon, et que je trouve mon dessin
très joli. Mais le souci est que, selon elle, je n’ai pas
respecté les consignes, de plus les tiges des fleurs ne
peuvent pas être carrées et contourner d’autres fleurs
qui elles, n’ont pas de tige.

Remplie d’émotions, je n’ai pas appris ce jour-là à
peindre, mais j’ai eu le plaisir ou le déplaisir d’apprendre
qu’il existe une certaine police1 d’école que l’on se doit,
trop souvent, de suivre.

OÙ EST LA FRONTIÈRE ?

Petits ou grands, nous nous posons des questions,
nous cherchons des réponses : qu’est-ce qui donne cette
envie d’apprendre à chacun d’entre nous ? Aujourd’hui,
ce que j’aime dans la vie, c’est de prendre et de choisir
ce que j’ai envie d’apprendre, ce qui me donne un réel
plaisir d’apprendre.

Prendre du plaisir à apprendre à d’autres pour apprendre
avec plaisir ! Oui, mais alors comment faire
pour apprendre ? Apprendre à apprendre, être capable
d’observer ce qu’il y a autour de soi pour approcher la
réalité, la décortiquer et la questionner sous plusieurs
angles afin de susciter une nouvelle énigme, le plaisir
de ne pas encore savoir, est un processus indispensable
si nous voulons changer le monde ou plus modestement
la vision que nous en avons.

Lorsque nous improvisons, lorsque nous apprenons
sur le tas, nous pourrions avoir le sentiment d’avoir appris,
mais faut-il attendre de pouvoir reproduire ce que
nous avons vécu pour être certains de l’avoir appris ?
Existe-t-il des frontières d’apprentissage à traverser ?
Et si c’était le cas, quel explorateur oserait prétendre
les connaitre ?

En me donnant pour modèle un tableau, l’institutrice
m’a demandé de faire à la façon de… L’école m’a
montré et m’a dit ce que je devais apprendre. Avant que
mon dessin ne soit soumis à une personne d’autorité,
je prenais du plaisir à faire cette peinture. C’est peutêtre
à l’école que j’ai appris à ne pas aimer apprendre. Je
n’aimais pas, mais j’apprenais quand même. J’ai appris
à enfreindre les règles et, par la suite, à savoir quand je
dois être conforme au modèle scolaire. Être obligé d’apprendre
ou désobéir pour emprunter d’autres chemins
et finir par apprendre différemment ou autre chose.

Est-ce que le plaisir est inconscient, déjà là, précédant
tout apprentissage ? Le plaisir serait-il tout simplement
caché, prêt à sortir face à chaque situation ?
Apprendre à d’autres, ce serait alors donner la possibilité
et le plaisir d’apprendre à parcourir ces frontières.

DES POINTS DANS LES FIGURES

Élève, je me suis demandé pourquoi
je devais rester assise lorsque le professeur
parlait, pourquoi je ne devais rien
faire lorsqu’il expliquait et encore pourquoi,
lorsqu’il me demandait de réaliser
quelque chose, je devais le faire comme
le professeur l’attendait.

L’école se réduit-elle à un lieu, une
classe, où la contrainte et l’obligation
dominent, diminuant alors le désir de créativité que
l’élève pourrait éprouver ?

À l’école les apprentissages sont évalués. Si, comme
tous les métiers, celui d’élève est rémunéré, c’est en accumulant
des points qu’il gagnera sa vie.

J’ai fait « à la façon de », du moins j’ai essayé, car
j’étais une apprenante. Le résultat devait être conforme
et plaire à cette dame d’école. Pour que cela me plaise
à mon tour, j’aurais dû avoir dessiné la bonne réponse.
Dans ces conditions, nous ne pouvons que connaitre le
plaisir de la réussite ou le déplaisir de l’échec.

Le système scolaire actuel n’offre pas d’autres possibilités
que de classer les élèves au sein d’une même
classe. Ne pourrait-on pas y voir là un paradoxe ? Si le
but de l’école est bien d’apprendre, je pense qu’il faudrait
aller contre cette culture de cotation et ce processus
de hiérarchisation défendu par cette institution,
pour permettre à l’élève de donner un autre sens aux
apprentissages et pour apprendre avec plaisir