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Le jambon s’expose

Propos recueillis par Catherine JACMIN
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Le cochon ardennais : une belle occasion de transférer une démarche interdisciplinaire en éveil.
Une Haute École en Ardenne, trois profs, trois matières, des étudiants de troisième normale primaire. Objectifs : travailler en interdisciplinarité, s’approprier la pédagogie du projet, communiquer ce qui a été découvert et surtout transférer la démarche travailler avec les enfants du primaire lors du stage. Voilà le défi que relèvent, depuis trois ans déjà, une équipe de jeunes professeurs de cette haute école.
Point de départ : le souhait de coller au plus près aux orientations du programme d’éveil en primaire, développer l’interdisciplinarité, « entremêler » géographie, histoire et sciences. Cette année, Laurent MARX, historien, François GOCHEL, géographe et Delphine HANUS, bio-ingénieur en chimie, ont à nouveau décidé de travailler ensemble : mettre en commun leurs heures de cours de septembre à févier, partir de leur environnement proche, l’Ardenne. Temps divisé en trois : l’apprentissage de la méthode pilotée par les trois professeurs, la préparation du transfert où les étudiants sont à la barre pour pratiquer ce qu’ils ont appris dans une classe pendant leur stage, ensuite le moment de retour sur expérience et l’évaluation. Les deux premiers temps sont répartis à temps égal et s’étendent sur les quatre cinquièmes de la période, le cinquième restant est le temps de l’évaluation.
Impérissable jambon
Première étape : mise en situation, L’Ardenne. « Vous êtes des touristes et vous avez visité Bastogne. Vous comptez rapporter une spécialité gastronomique à vos proches. Laquelle ? » Remue-méninges des étudiants. On fait des listes de mots, on classe, on choisit. Moment délicat. Et si on n’arrivait pas à trouver un thème qui recueille l’assentiment de tous. C’est la troisième année que cela fonctionne sans accroc. Finalement, cette année, ce sera le jambon, produit gastronomique phare du lieu qui recueillera l’assentiment de tous.
Deuxième étape : on liste les questions suscitées par le thème. Ça part dans tous les sens. On récolte large, ensuite, technique de l’entonnoir. On regroupe. Il reste deux grandes orientations : « Pourquoi le jambon à Bastogne ? » et « Depuis quand, comment est-il fabriqué, conservé ? »
Troisième étape : on décide d’abord de travailler sur la conservation du jambon. Le propos sera élargi aux aliments périssables. Comment concevoir une démarche scientifique sur la conservation des aliments ? Construction commune d’un protocole scientifique avec une grille d’observation, une liste d’aliments à observer, des temps et fréquences d’observation… Ensuite, chacun choisit un aliment. Autant d’échantillons que de modes de conservation : sous vide, cuit, cru, salé, surgelé… Tout est disposé dans un local adéquat à l’école. Pendant une semaine chaque jour, observation de l’évolution des différents aliments. Rédaction de conclusions.
Quatrième étape : enquête sur le terrain pour aborder les dimensions historiques et géographiques du produit. Une liste de personnes ressources est élaborée. Rencontres avec le grand Maitre de la Confrérie des herdiers1, un producteur artisanal de jambon et un producteur industriel.
Assiettes à interroger
Cinquième étape : communiquer. Expériences finies, personnes-ressources interviewées, on met ensemble les informations récoltées. Tout ce qui a été appris, expérimenté, vécu est mis en forme pour la Journée portes ouvertes. Il s’agit que cela ait de l’allure. Cela fait partie des compétences à acquérir.
Last but not least : les trois professeurs veulent aller au-delà des simples connaissances et faire réfléchir leurs étudiants à l’impact des choix alimentaires dans la lignée du texte de l’UNESCO sur agir-réagir2. À quoi bon toutes ces connaissances si elles ne servent pas de moyens d’action, de prise de conscience de nos actes. Faut-il continuer à manger des fraises espagnoles en hiver ? Pourquoi préférer des produits locaux ? Trois ateliers introduiront la réflexion : rencontre avec une personne qui vit presque en autonomie alimentaire, provenance des produits que nous consommons via la lecture des étiquettes des produits, découverte par le jeu de la ficelle3 des acteurs en jeu, des liens qui se tissent entre eux et de l’impact sur l’environnement quand on mange une assiette belge traditionnelle.
Au départ, des étudiants désorientés, voire déstabilisés par la démarche inhabituelle de leurs professeurs. Au final, un résultat concret et motivant en stage, un moment d’apprentissage entre collègues, la mise en évidence des liens entre les matières, des enseignants du primaire qui voient leurs élèves sous un autre angle : le plus débrouillard, le plus audacieux, celui qui communiquera de manière la plus créative n’est pas forcément le premier de classe.
Cette démarche vous tente, vous voulez vous lancer dans l’expérience : un PowerPoint réalisé par les trois professeurs est disponible à la demande via CGé4, le jeu de la ficelle est consultable en ligne. Surtout, pour mettre toutes les chances de réussite de votre côté, obtenez le soutien inconditionnel de votre direction.

1 Herdier : personne qui était chargée de garder les cochons.
2 Module éducatif sur la conservation et la gestion des ressources naturelles, Série éducation environnementale. Programme international d’éducation relative à l’environnement Unesco-PNUE, Division de l’enseignement des sciences et de l’enseignement technique et professionnel, Unesco, 1983.
3 D. CAUCHY, M. LUTUMBUE, Le jeu de la ficelle, une proposition écosystémique, Rencontre des Continents asbl et Quinoa asbl, 2007, www.quinoa.be/Jeu-de-la-ficelle.
4 traces@changement-egalite.be – 02/218 34 50.