Le sexuel, un impossible

Chacun rencontre-t-il sa chacune de façon simple et rapide ? Suffit-il que ça « matche » entre deux personnes pour vivre une relation ? Pas si sûr !

La sexualité infantile

Dans la Vienne bourgeoise du début du XXIe siècle, parler de sexualité infantile avait été un véritable coup de tonnerre. Telle était pourtant la position de Freud dans son célèbre cas d’une psychanalyse d’enfant, celle du petit Hans. L’enfant, dès le plus jeune âge, affirme Freud, est concerné par la sexualité.

Dans le cadre de sa cure, Hans, quatre ans, avait mis en avant de nombreux émois sexuels.  Ces émois n’étaient pas sans effets sur son « fait-pipi ». Et face à l’impasse rencontrée dans l’amour qu’il portait à sa mère, le petit garçon trouva dans la cure une solution élégante pour contourner l’obstacle paternel.

Déjà dans ses trois essais sur la sexualité infantile, Freud signale qu’il y a quelque chose de dérangé dans la sexualité humaine. D’une certaine façon, il y a toujours un ratage.

L’être humain n’est pas régi par des instincts naturels. À l’envers des humains, les animaux sont guidés par ce qu’on appelle des instincts vitaux. Ceux-ci donnent une programmation innée de conduite pour assurer leur survie. Le petit d’homme, lui, est condamné à apprendre.

Pourquoi l’homme doit-il apprendre dans le champ du sexuel ? La réponse de Lacan est brève ; elle tient au parasitage auquel l’homme est confronté du seul fait d’être plongé dans le langage.

Pas d’harmonie entre les sexes

L’homme est un animal malade, malade du langage. Il est pris et torturé par le langage. Le langage a dénaturé le vivant ; le champ du sexuel ne répond pas à une harmonie idéale entre un homme et une femme.

Du fait que l’homme et la femme sont pris dans le langage, il est impossible de proposer un énoncé qui établirait un rapport sexuel harmonieux.

Pour les animaux, par contre, le rapport sexuel existe, car il est écrit dans l’instinct. En revanche, pour nous, les humains, qui habitons le langage, quelque chose rate toujours dans la rencontre avec l’autre sexe. Il manque un signifiant qui permettrait de fonder un rapport, un rapport entre ces deux termes : homme et femme.

L’amour est-il réciproque ?

Suffit-il d’aimer quelqu’un pour qu’il vous aime. Ce n’est pas aussi simple. Et, ce n’est pas calculable à l’avance.

Il arrive que cela soit réciproque. Et, quand ça se produit, c’est contingent, c’est toujours de l’ordre d’une bonne rencontre.

Ainsi, si je t’aime, c’est que tu es aimable. C’est moi qui aime, mais toi, tu es aussi dans le coup, puisqu’il y a en toi quelque chose qui me fait t’aimer.

Là, c’est réciproque parce qu’il y a un va-et-vient : l’amour que j’ai pour toi est l’effet en retour de la cause d’amour que tu es pour moi. Mon amour pour toi n’est pas seulement mon affaire. Elle te concerne aussi.

L’amour que je te porte dit quelque chose de toi que peut-être toi-même ne connais pas.

Toutefois, l’amour n’est pas toujours réciproque. Aimer ne garantit pas d’être aimé en retour.

Dans une interview, Jacques-Alain Miller, psychanalyste et héritier spirituel de l’œuvre de Jacques Lacan, résumait ainsi le rapport impossible entre les sexes : « Le problème, disait-il, c’est que le dialogue d’un sexe à l’autre est impossible. Les amoureux sont en fait condamnés à apprendre indéfiniment la langue de l’autre, en tâtonnant, en cherchant les clés, toujours révocables. L’amour, c’est un labyrinthe de malentendus dont la sortie n’existe pas. »

Choisir son sexe

Une autre question surgit dans le sexuel ! C’est celle du choix que pose un enfant quant à son devenir sexuel.

Comment va-t-il s’engager dans son sexe ?  Qu’il choisisse de devenir homme ou femme, est-ce un effet de la maturation biologique ?

On peut penser qu’il s’agit là d’une évidence, que les distinctions biologiques suffisent à déterminer un sexe de l’autre. (Telle est la position du nouveau président des États-Unis aujourd’hui.)

Mais dans le champ psychique, il se vérifie qu’il n’en va pas ainsi. Un sujet avec un corps biologiquement masculin peut considérer qu’il y a une erreur de la nature. Qu’il est femme et que la nature lui a donné un corps d’homme. C’est aussi vrai pour un sujet doté d’un corps de femme. Autrement dit, il y a un choix du sexe.

D’un côté il y a le sexe biologique et de l’autre, il y a le sexe non biologique. Le sexe non biologique se repère dans la société par un certain nombre de personnes qui sont les transsexuels. Les transsexuels témoignent de l’existence du sexe non biologique, ils protestent contre leur anatomie. La sexuation d’un sujet ne se conforme pas d’office au sexe biologique.

On ne nait pas homme ou femme, on le devient. Mais alors, qu’est-ce qui décide de ce choix ? Comment cela se passe-t-il ? C’est une question essentielle. La réponse à cette question n’est pas universelle. Elle se joue au cas par cas.  Et il y faut du tact et du temps pour qu’un sujet puisse assumer son choix.