L’école dans les fictions, la fiction dans les écoles

Un weekend pour faire vivre ce dossier fiction, et surtout pour l’écrire. Le résultat est dans vos mains ou sous vos yeux. Comment en est-on arrivé là ? Bah, certains ont souffert plus que d’autres pour accoucher de leur texte, c’est la vie…

Fin aout, à notre journée TRACeS où en équipe, on regarde dans le rétro, les numéros qui sont passés et comment s’est passé le travail pendant l’année, les portages des dossiers, les comités de rédaction, comment le nombre d’abonnés augmente (rmmm… ça, c’est de la fiction, genre utopie !) et aussi, on choisit les dossiers, dont celui du weekend d’écriture. « Quelles histoires on se raconte à propos de l’école ! » « Ah, ça pourrait faire un dossier ! » Voilà, c’est parti de cette question-là. On tenait le numéro pour le weekend.

« Produire un TRACeS ensemble sur un thème imposé. »

Comme on voit toujours grand, je loue toujours un gite avec trop de lits : on ne sait jamais si cette année des dizaines de membres de CGé et des lecteurs y venaient. En réalité, nous étions onze, presque comme les disciples, sans Judas ni Jésus. Et pas de miracle, mais un dispositif pour nous mettre à l’écriture de ce dossier programmé pour sortir en septembre.

En amont, les porteuses — ce sont celles qui ont préparé le weekend, des consignes à la liste des courses et aux courses dans la cuisine — Béatrice, Julie et moi avions écrit une invitation pour titiller le désir d’écrire et ouvrir la réflexion avec des questions.

Petites listes

Quelles sont les fictions de ceux qui travaillent dans l’école, les profs, les éducs, les directions, et de ceux qui en sont usagers, petits et grands, de la maternelle à l’université ?

Quelles écoles sont rêvées ou réelles dans les programmes des pédagogues et des politiques ? Lieux réels et/ou lieux idéalisés ? Réalité prosaïque et/ou réalité fabulée ?

Quelles représentations se font les parents sur l’école ? Et ceux qui n’ont pas d’enfants ? Et l’opinion publique ? Quels fantasmes nourrissent tous ces gens à propos de la vie scolaire ?

Quelles histoires se racontent au sein des différentes classes sociales ? Récits de pauvres et récits de riches autour de l’école…

Et au cinéma quand un film de fiction s’empare de l’école, qu’est-ce qui est vrai, qu’est-ce qui ne l’est pas ? Récits réalistes ou utopies ? Dans quel but ? Comment sont-ils reçus par le public éloigné de l’école et par ceux qui sont dedans ?

Et dans la littérature, jeunesse et adulte, les descriptions de l’école sont-elles imaginaires, illusoires ou proches du quotidien vécu ? Et comment faire pour apprendre à partir de récits fictifs sur l’école ?

Les enseignants au quotidien, comment jouent-ils leur rôle ? Seul en scène dans une construction personnelle ? Leurs scénarios pédagogiques ne comportent-ils pas une part d’imaginaire ? Collent-ils nécessairement à la réalité du terrain ?

Et quand la réalité fait dévier le scénario rêvé, quand ça ne se passe pas comme prévu ?

Quant à la classe, comment vit-elle les histoires dans lesquelles les enseignants les plongent ?

Et que font les enseignants des histoires que font surgir les élèves ? Celles que les élèves se font, mais aussi celles qu’ils amènent, les histoires des jeux vidéos et des séries auxquelles ils s’identifient et qui occupent leur temps de loisirs ?

Leurs fictions, nos fictions aident-elles à faire grandir ?

Et dans les matières ? En classe d’histoire, les fictions historiques facilitent-elles l’accès au passé ? Permettent-elles d’exercer l’esprit critique en les confrontant aux traces du passé ? Quelle place à la fiction dans les cours de français ? Et dans d’autres disciplines, comme en arts plastiques ? En science : quoi les épinards de Popeye, c’est de la blague ?

On ne les a pas toutes triturées et d’autres se sont invitées, mais si quelqu’un veut s’emparer, à retardement, de l’une d’entre elles, on pourrait créer une rubrique « Je n’étais pas là au weekend, mais j’ai une fiction à retardement qui s’appelle…»

Organisation

Le vendredi soir, après un bon repas, Julie a présidé le conseil d’ouverture. Rappeler l’objectif du weekend : produire un TRACeS ensemble sur un thème imposé  « Fictions ». Et puis s’organiser, car il y a les chambres à se partager et l’intendance jusqu’au départ le dimanche.

Nous avions aussi proposé des lectures en amont et ouvert une responsabilité bibliothèque pour que celle-ci existe et que chacun puisse retourner avec ses billes. Nous ne sommes pas les premier·es a réfléchir à ces questions, beaucoup d’auteurs d’essai ou de fictions. Évidemment, il faudra lire la nuit, car la journée le programme était déjà bien rempli. Pas de listes ici, mais bienvenue l’an prochain. Retitillement anticipatif.

Il nous fallait aussi un·e responsable comptes, car si CGé prend en charge le lieu et les courses nourriture…, on paye ce qu’on boit, il y a le covoiturage et les transports en commun à mutualiser, les sous avancés pour le pain, etc.

Après le conseil, une activité avec les affiches produites en devoir avec cette consigne : Vous êtes réalisateur d’un film. Écrivez son pitch, c’est-à-dire le lieu et l’action en quelques phrases… Qu’avez-vous envie de dire sur l’école avec votre film ? Pourquoi voulez-vous faire un film sur l’école. Sur un document. A4

Faites l’affiche de votre film.

C’est un deuxième support. Liberté totale de format, portait/paysage, technique, couleur ou noir et blanc, typo, etc.

Les affiches sont exposées et regardées et il nous faut apparier les deux documents.

Écrire

Samedi, ça y est. Après le déjeuner : un premier texte à commencer. Parce qu’on n’est pas des brutes, on commence en douceur avec un petit échauffement et le retour de la liste ! « Lister des phrases entendues sur l’école et dire le statut de la personne : un personnage, un acteur, une mère, un élève, un prof… Dix minutes d’écriture puis, lecture des phrases. Et affichage. Les murs se remplissent petit à petit.

Et puis les choses sérieuses arrivent avec une nouvelle consigne.

Sur la base d’une de plusieurs ou d’aucune des phrases, avec le portefeuille de lecture, le cheminement pour faire l’affiche, écrivez une situation en lien avec une des trois perspectives :

  • En tant qu’acteur de l’école je me raconte telle histoire et je vais travailler avec ça
  • Qu’est-ce que les Autres (artistes, les gens, parents…) se racontent sur l’école
  • En tant qu’acteur de l’école, voilà comment j’utilise les fictions dans ma pratique, pour faire apprendre.

Et puis, des moments de partage de textes et de rebonds sont organisés en petits groupes, ou tous ensemble pour pouvoir repartir avec des questions, des suggestions et à chacun de se replonger dans son texte et de continuer l’écriture.

Une promenade est proposée, car la région est belle et qu’on a assez de chance avec la météo.

Le soir, soirée barbecue et des bougies à souffler pour l’une d’entre nous. C’est bon d’être entre camarades.

Le dimanche matin, nous prenons du recul par rapport à nos textes et à l’école. Lire le texte de Muriel, dans ce dossier. Vient le temps du conseil de fermeture. S’engager à un ou deux textes, d’une ou deux pages. Et aussi parler de et fermer les responsabilités et se dire comment ça va avant de ranger et puis de se quitter.