L’écriture inclusive… quelques jalons

Un contexte politique vif autour d’une question sociolinguistique et de la notion d’égalité.

En 2017, le journal Le Figaro publie un article alertant l’opinion publique sur l’introduction dans un manuel scolaire de la technique du point médian : cette publication inaugure le début de prises de position polarisées autour de ces questions de langue, d’égalité et de genre. Ses détracteur·trices insistent sur le danger de l’usage « idéologique » de ces techniques. Dans le débat autour du wokisme, l’écriture inclusive est rebaptisée langue woke, politiquement correcte, langage totalitaire, révisionnisme…

Définition : entre polémique et technique

Il faut distinguer le syntagme « écriture inclusive » qui fonctionne comme une formule polémique dans l’espace médiatique (au sens de Krieg-Planque 2009 : « un ensemble de formulations qui, du fait de leurs emplois à un moment donné et dans un espace public donné, cristallisent des enjeux politiques et sociaux que ces expressions contribuent dans le même temps à construire ») et le langage inclusif qui relève de techniques linguistiques au service d’une langue non discriminante. On parle également de langage égalitaire, non sexiste, épicène, de démasculinisation, etc.

L’écriture inclusive superpose donc des pratiques linguistiques diverses : féminisation (autrice, cheffe, youtubeuse) ; formulation épicène (les mots dont le forme ne varie pas selon le genre comme élève) ; des termes génériques (comme la direction, l’équipe) ; des abréviations (directeur·trice) ; des néologismes non binaires (iel, autaire, copaine…) et des postures politiques. Les discours d’opposition reprenant les arguments classiques du purisme et du conservatisme linguistique en matière de normes, notamment illustrés dans des débats précédents de politique linguistique comme les réformes de l’orthographe et la féminisation des titres et des fonctions dans les années 90.

Un peu d’histoire…

Les techniques du langage inclusif n’ont pas surgi ex nihilo et ont une histoire : ainsi le point médian existait dans les textes antiques pour séparer les mots ; on possède en français des pronoms dits inclusifs comme nous ou on ; les formes au féminin ont connu des morphologies multiples au fil des siècles et il n’est pas rare de voir des formes anciennes réapparaitre, comme autrice par exemple ; on trouve des attestations de double flexion dans des textes historiques (« Français, Françaises » de Charles de Gaulle) ; les épicènes existent depuis l’aube du français ; la néologie fait partie de l’histoire de la langue et de sa manière de dire le monde (que de mots ont été inventés depuis la création d’internet !) ; les revendications d’un langage inclusif ont notamment pris corps dans les milieux de la théologie protestante féministe (Julie Abbou, Tenir sa langue, 2022), les milieux féministes, lesbien, queer…

« Les techniques du langage inclusif n’ont pas surgi ex nihilo et ont une histoire. »

Des travaux menés en psycholinguistique ont montré l’effet des mots au féminin sur l’agentivité des jeunes filles, car le cerveau a appris à penser au masculin et le masculin dit générique n’est pas neutre. Dès 2008, les psycholinguistes ont montré « qu’il était difficile d’appréhender des suites de phrases présentant des femmes après des amorces avec un métier ou une activité au masculin pluriel (“les musiciens”, par exemple), donc pouvant agir comme générique ».

La question de la lisibilité au-delà de l’instrumentalisation ponctuelle des différentes dyslexies — c’est-à-dire leur simple mention dans les débats sans action concrète plus générale par ailleurs pour les personnes souffrant de dyslexies — fait l’objet d’études émergentes sur les rapports entre lecture, écriture inclusive et accessibilité pour des publics spécifiques. On peut notamment y lire que « L’analyse statistique a montré que l’habitude aux écritures inclusives et le positionnement sur celles-ci d’un individu influence sur l’accessibilité. Plus une personne est favorable aux écritures inclusives et a l’habitude de les lire ou de les entendre, plus elle aura de la facilité à les comprendre et à les lire ; et inversement » ou encore « Si les difficultés pour les personnes dys sont plus nombreuses, elles ne leur sont donc pas propres »

Pour conclure (provisoirement)

Il s’agirait de considérer ces formes de féminisation et de nouveau neutre comme faisant partie intégrante de l’évolution et de la morphologie de la langue, voire de les considérer comme des variations diaéthiques, c’est-à-dire « « relevant de la conscience de genre, d’identité, d’égalité et de la performativité de la langue ». On ne dit pas simplement quelque chose en utilisant la communication inclusive, on agit sur les représentations et on participe à une autre vision de la société, en visibilisant les femmes et les personnes non binaires.