L’éducation sexuelle est politique

Il y a des gens qui ne supportent pas ça. Pour nous, praticien·nes, l’éducation sexuelle, si elle est pensée comme pratique politique, peut constituer une « introduction à une vie non fasciste[1]Selon la formule de Michel Foucault. ». Petit manifeste.

En 2023, le rapport public de la commission indépendante sur l’inceste et les violences sexuelles faites aux enfants (Ciivise, France) rappelait que chaque année, 160 000 enfants sont victimes de violences sexuelles. En décembre 2021, l’Institut national de la santé et de la recherche médicale (Inserm, France) indiquait dans une enquête sur les violences sexuelles qu’en France, 3,9 millions de femmes (14,5 %) et 1,5 million d’hommes (6,4 %) avaient été confrontés à des violences sexuelles avant l’âge de 18 ans. La Ciivise précise d’ailleurs que « le plus souvent, les agresseurs sont les pères (27 %), les frères (19 %), les oncles (13 %), les amis des parents (8 %) ou les voisins de la famille (5 %) ».

Les chiffres sur les violences sexuelles nous renseignent sur les personnes qui en sont le plus souvent victimes, et sur celles qui les font subir. On observe alors que les enfants sont le plus souvent victimes d’hommes adultes, que les femmes subissent le plus souvent des violences sexuelles de la part d’hommes, les personnes en situation de handicap subissent les agressions de personnes moins handicapées (ou « valides »), etc.

« Les chiffres sur les violences sexuelles nous renseignent sur les personnes qui en sont le plus souvent victimes, et sur celles qui les font subir. »

La sexualité comme lutte

Ces violences ne sont pas des accidents chaque fois répétés. Elles se produisent, car elles sont le résultat d’états de fait si banalisés qu’ils ne nous paraissent pas devoir être discutés : la domination des hommes sur les femmes, d’un certain type de masculinité, des adultes sur les enfants, des personnes « valides » sur celles en situation de handicap…

Ces dominations sont aujourd’hui contestées, ce qui occasionne, à rebours, leur réaffirmation. Exemples parmi d’autres, l’importance démesurée de la question des trans.

Le discours sur la sexualité est un des lieux de production de cette subjectivité violente. Il nous appartient de produire autre chose.

Vertu subversive du plaisir

Éduquer, c’est avoir une représentation de ce qui est souhaitable, de ce que l’on souhaite produire chez l’enfant. Nous croyons en la vertu subversive du plaisir : forger notre capacité d’expérimenter, trouver en soi-même le critère de ce qui est bon, trouver ce que nul petit chef borné et prêtre en tous genres ne pourront m’apprendre sur moi.

C’est pourquoi l’éducation sexuelle se veut un moment de plaisir. Il serait dommage de s’ennuyer en parlant de sexualité.

On ressort de ces espaces en ayant parlé, joué, ri et/ou chanté autour des émotions, des sentiments, des sensations, des droits, du corps, de l’amour, de la sexualité, des choix en la matière, etc. Et puisqu’il s’agit d’apprentissages concrets et utiles pour le quotidien, en fonction de l’âge et/ou du stade de développement psychoaffectif, on y apprend ce qu’on peut faire pour éviter une grossesse non voulue, une infection sexuellement transmissible, à qui se confier si on a vécu des violences sexuelles, qui contacter en cas de souhait d’une transition de genre, par exemple. Connaissance du risque et du plaisir vont de pair.

Les enfants et ados y apprennent clairement que la masturbation n’est pas sale, qu’on a le droit d’aimer les filles comme les garçons et/ou les autres personnes, qu’on peut interrompre une grossesse si on le souhaite et que c’est légal. Même si on est en relation amoureuse, personne ne peut forcer sa ou son partenaire à partager de la sexualité.

Ce qui se passe quand on parle de sexe

Tout cela est un peu trop démocratique et libertaire dites-vous ?

C’est surement pour cela que les boucliers fascistes se lèvent régulièrement contre la tenue de ces séances dans les établissements scolaires.

Parler des émotions, des limites et apprendre à reconnaitre les dominations sexistes, homophobes, transphobes et sexuelles, c’est émancipateur, et ça dessert les idéologies d’extrême droite.

Savoir que l’on peut choisir d’avoir ou non des enfants, savoir que si une grossesse est en cours on a le droit de l’interrompre sans se voir taxer de meurtrier·e ?

C’est en savoir plus sur ses libertés et ça dessert les idéologies d’extrême droite.

Connaitre des associations de personnes transgenres pour parler de ses doutes sur sa propre identité ? C’est mieux se connaitre soi-même, et ça retire du poids aux forces fascistes qui préfèrent nous voir épouser des normes binaires, arbitraires, réductrices et liberticides.  

Notes de bas de page

Notes de bas de page
↑1 Selon la formule de Michel Foucault.