Fermeture annuelle du 13 au 28 juillet : les commandes seront assurées jusqu'au 12 juillet et dès notre retour. Bonnes vacances !

Les métiers

Enseignante en CE1 en REP+[1]REP+ : en France, Réseau d’éducation prioritaire, dans lequel un dispositif avec des classes de 12 élèves est mis en place en CP et CE1. depuis plusieurs années, je mets très vite en place les métiers en début d’année scolaire. Pour chaque élève, c’est une des premières façons de trouver sa place dans la classe.

Avoir un métier, c’est être responsable de quelque chose. Cela permet de prendre des initiatives, de s’organiser et cela implique de rendre des comptes au Conseil des métiers si besoin.

Le conseil des métiers

Un Conseil des métiers (et des ceintures de comportement) de vingt minutes a lieu tous les jeudis après-midi. Pour demander un métier au Conseil, les élèves inscrivent leur prénom, la date et leur demande sur une bande de papier jaune. Lors du Conseil, on commence par faire un point sur les métiers à l’essai (les métiers demandés la semaine précédente). L’élève à l’essai dit s’il garde ou non son métier peut expliquer comment il s’organise (en cas de métier partagé par exemple), les camarades font des remarques. S’il n’y a pas de remarque particulière, le métier est acquis, l’élève peut le garder jusqu’à la fin de l’année s’il le souhaite. Si le métier à l’essai provoque des remarques, des critiques, l’élève reste à l’essai et on refait un point la semaine suivante.

« Quand je repense à mes anciens élèves, il est courant que je les associe à leur métier. »

Après le point sur les métiers à l’essai, on découvre les différentes demandes de métiers (les bandes sont placées dans une petite boite qui est ouverte uniquement lors du Conseil). On discute de chaque demande. Si un élève demande un métier déjà pris, on demande au premier s’il est d’accord pour le partager. Cela arrive qu’un élève refuse de partager un métier, expliquant par exemple qu’il n’y a pas besoin d’être à plusieurs. Il a son mot à dire, c’est son métier.

En début d’année, certains élèves changent de métier toutes les semaines… puis se posent sur un métier. Les différents changements peuvent sembler chronophages à gérer. Mais, c’est essentiel pour les élèves de tester ce nouveau système et de trouver un métier qui leur convient.

Les métiers montrent l’implication des élèves dans la vie de la classe et sont associés aux ceintures de comportement. Chaque élève peut demander un métier dès la ceinture blanche (la plus petite ceinture de ma classe). À partir de la ceinture jaune foncé (qui contient entre autres le critère « J’ai un métier, je le fais bien »), les élèves peuvent demander plusieurs métiers. La ceinture orange clair permet d’avoir un métier qui demande de sortir de la classe sans surveillance.

Il peut arriver qu’un métier ne soit pas demandé au Conseil des métiers, mais créé au Conseil du mardi « Je propose/j’ai à dire, j’ai un problème, je félicite ». L’année dernière, pour gérer les présidences du Quoi de Neuf, Ahmed avait proposé de procéder par tirage au sort plutôt que de suivre l’ordre alphabétique des prénoms. Après discussion, il s’est également proposé responsable du tirage au sort, avec une camarade. Une autre fois, Imane s’était inscrite à « J’ai un problème » pour dire qu’elle en avait marre de se faire bousculer dans les couloirs. Le métier responsable du rang avait été créé (mais n’a pas tenu, car trop difficile à tenir cette année-là).

Des élèves et leur métier

Quand je repense à mes anciens élèves, il est courant que je les associe à leur métier.

Il y a deux ans, j’ai accueilli Mahdi. Au CP, il se faisait remarquer dans les couloirs par son agressivité envers ses camarades et son regard noir. Dès la rentrée de septembre, Mahdi rejette toutes les activités proposées, prend un malin plaisir à faire le contraire de ce qui est demandé. S’il se laisse tenter par un travail, il finit la séance en gommant tout. Il ne participe pas aux Conseils ; il va s’assoir de lui-même au fond de la classe et attend que ça passe. Ses bilans du soir sont souvent les mêmes « J’ai bien aimé la récré, la journée était trop longue. »

J’essaye de trouver une accroche avec Mahdi, c’est difficile. Un jour, je l’amène à demander un métier. Il ne trouve pas d’idée, je lui suggère d’être responsable de la lumière. Il accepte, sans enthousiasme et je l’aide à remplir sa bande de demandes de métier. Au Conseil suivant, comme d’habitude, il va s’assoir au fond de la classe. Je lui explique que s’il ne participe pas au Conseil, il ne pourra pas avoir le métier qu’il a demandé. Il vient s’assoir avec nous (et participera par la suite à tous les Conseils.) Au Conseil suivant, lors du point sur les métiers à l’essai, il lâche son métier. Nous voilà début octobre et Mahdi est sans métier, sans envie de travailler, toujours à provoquer les camarades.

Deux semaines après, de lui-même, Mahdi vient me voir, une bande jaune à la main et me demande de l’aide pour écrire : « allumer et éteindre la lumière ». Moment magique. Les jours suivants, il demande régulièrement « C’est quand le Conseil des métiers ? ».

Mahdi garde ce métier toute l’année. Son grand plaisir est de rentrer le dernier dans la classe, de constater que tout le monde s’installe dans le noir et d’allumer la lumière. Il se met au travail, un peu. Il a trouvé sa place dans la classe, n’a pas posé de gros problèmes de comportement. Comme une parenthèse dans sa scolarité mouvementée.

L’année dernière, Jamilah a demandé le métier de remplaçante. Le matin, elle s’installe, repère les élèves absents et énumère tout haut ce qu’elle va faire dans la classe ce jour-là, sans même avoir besoin de se reporter à l’affichage du tableau des métiers. Bruna, responsable de l’affichage au tableau, va placer l’étiquette de l’élève absent à l’endroit adéquat. Certaines années, chez les plus grands, un élève responsable des devoirs des absents recopie les devoirs et donne la fiche à un élève ceinture orange clair qui va transmettre les devoirs au frère ou à la sœur de l’élève absent. Un élève absent sait que l’on parlera et qu’on s’occupera de lui dans la classe. Le matin de son retour, il va voir le responsable de l’affichage pour qu’il remette son étiquette avec celles des présents.

Au CE1, les élèves ont besoin de temps et d’accompagnement pour comprendre et investir le Conseil « Je propose/j’ai à dire, j’ai un problème, je félicite ». Le Conseil des métiers est très vite compris et attendu. Tous les élèves peuvent être mis en avant de façon positive, se faire remarquer autrement que par le travail scolaire. 

Notes de bas de page

Notes de bas de page
1 REP+ : en France, Réseau d’éducation prioritaire, dans lequel un dispositif avec des classes de 12 élèves est mis en place en CP et CE1.