Les pédagogies actives en héritage pour éduquer aujourd’hui

Dominique Grootaers et Francis Tilman, Les pédagogies actives en héritage, pour éduquer aujourd’hui, Chronique sociale, 2022.

Se plonger dans ce livre est impératif ! Vu son intérêt et aussi, vu son arrivée dans cet air du temps où on commente les « Pédagogies actives », pour dire le projet et les mises en œuvre de nouvelles écoles ou le travail de telles équipes d’enseignants dans des écoles existantes.

À la question de savoir ce qu’il en est de ces pédagogies actives, les réponses entendues sont de divers ordres. Elles vont de « on s’inspire d’un peu de tout » à du plus élaboré, faisant référence à tel ou tel pédagogue connu, en passant par « on fait PI à notre façon », coupé du sens des origines et des facettes qui font la PI.

Ce livre éclairant, permet d’approfondir, de nuancer, ce que nous savons, faisons ou non, de ces pédagogies actives.

Une première partie présente leurs origines et leurs variétés, leurs divergences, leurs similitudes. Elles sont toutes nées entre autres en réaction aux pédagogies traditionnelles. Les auteurs commencent par souligner les différentes dénominations de ces nouveaux courants. Dès la fin du XIXe siècle : méthode intuitive active comme prélude, et dans la suite, École active et École nouvelle, par des fondateurs en rupture avec le système scolaire existant, Éducation nouvelle mots liés à un mouvement qui s’affirme au début du XXe siècle, Méthodes actives (plutôt que Pédagogies actives), Pédagogies nouvelles, Pédagogies alternatives aussi, dans la seconde partie du XXe siècle. Sept étapes pour faire l’histoire et décrire des caractéristiques, des points forts, des points faibles, des références dans ces différents moments et courants dont aussi les pédagogies aux colorations, et orientations plus sociopolitiques et économiques, la pédagogie de la conscientisation, la pédagogie institutionnelle, la pédagogie coopérative.

Tout un héritage

Après ce premier tour d’horizon, la suite de l’ouvrage explore ce patrimoine et en découvre les multiples aspects, avec les applications pour hier et aujourd’hui, faisant le lien entre les époques.

Oui, c’est une réelle exploration ! Et, accompagner les explorateurs dans leurs recherches fouillées est un vrai plaisir. Les pédagogues connus souvent superficiellement (plus encore dans le secondaire) comme Montessori, Decroly, Claparède, Wallon, Piaget deviennent mieux compris. Les informations apportées éclairent ce que nous savions déjà ou nous font mieux comprendre les époques, les contextes socioéconomiques et culturels, les valeurs mises en jeu, les pratiques concrètes, les personnalités des fondateurs, les options politiques sous-jacentes. Une relecture fine donc des pédagogues connus et une présentation de ceux dont on n’a jamais entendu parler : des Anglais, des Français, des Allemands, parmi les pionniers.

Question de contextes, les auteurs soulignent la montée en puissance, au XXe siècle, de l’influence des discours scientifiques voulant guider la pédagogie. C’est par là que la psychologie s’est mêlée à la pédagogie. Les neurosciences, elles, et leur usage pédagogique ont le vent en poupe. Les auteurs développent les spécificités du rapport entre sciences et pédagogie avec les tensions qui le traverse. Bien intéressant, entre autres pour s’y retrouver avec les neurosciences.

Cinq modèles pédagogiques sont dépliés (pédagogie, pour les auteurs = finalités, objectifs, dispositifs d’apprentissage, outils didactiques, modalités d’évaluation) : Montessori, Decroly, Freinet, Steiner et Petersen.

Dans les pratiques des pédagogies actives, les ingrédients de base retenus sont le savoir, le pouvoir, les autres, le corps, l’expression. Ce qui fait cohésion, ce sont les valeurs, l’organisation du temps et de l’espace.

Ce travail fouillé est organisé en parties et en chapitres dont les titres explicites orientent facilement la lecture. Ils pointent, au bout de toute cette exploration, une nécessaire nouvelle forme de vie scolaire et un nouveau métier d’élève.

La dernière partie questionne ces pédagogies actives en présentant dix divergences et variations entre elles. En finale un bilan, en demi-teinte.

À souligner aussi sa présentation qui favorise l’envie de le lire : des encadrés qui tirent le suc du propos, et même une liste de tous ces encadrés. Ils nous font aller à des nœuds ou à des informations explicitant tel ou tel point des chapitres, à des exemples, à des repères. Ce sont des clairières dans ce paysage touffu. Et pour finir, encore plusieurs textes ressources nourrissants.

Une encyclopédie

Ce livre est une des sources d’information sur les pédagogies actives, parmi les plus complètes actuellement. On peut y entrer par plusieurs portes d’entrée et l’explicitation des contenus des chapitres rend l’exploration pratique.

On ne peut que remercier ces auteurs, acteurs depuis longtemps sur le terrain de l’enseignement, avec des apports qui sont souvent des outils, jamais des recettes, toujours des mises en perspectives avec des explicitations des liens entre les pratiques et leurs toiles de fond philosophique, politique, sociale.