Les responsabilités dans un stage

Dans un stage PI — même si ce n’est pas la vraie vie de la classe, du groupe en école des devoirs ou de l’AMO — pour que chacun s’inscrive dans le groupe, pour nous organiser et produire en coopération, nous avons besoin de diverses responsabilités et donc de responsables.

Le stage en PI, c’est un laboratoire où on expérimente la coopération avec des temps et des lieux organisés, selon une éthique où chacun est là pour s’impliquer avec le droit de ne pas devoir s’impliquer. Le stage en PI, c’est la vie d’un groupe qui n’existera que pendant le stage, avec de vrais sujets. Des adultes. Certains ont hésité longtemps avant de s’inscrire, ou pas, ou y sont par curiosité. Ou pour toutes sortes d’autres raisons, motivations. Des qui ont relu quatre fois le descriptif avant de payer le stage, qui ont lu les trois quarts de la bibliographie proposée en amont. Ou pas. Qui sont inscrits en première et qui découvre ce stage, en deuxième ou en troisième pour continuer à pratiquer comme participant. Bref. Nous sommes là pour jouer le jeu pour du vrai entre nous et en lien avec ce qu’on fait déjà ou qu’on va faire avec notre classe, ou notre groupe, dans notre vie professionnelle.

On est ensemble, il y a plusieurs sous-groupes appelés groupes de production, pour faire une production commune avec la contrainte de passer par l’écrit et de la diffuser le dernier jour aux participants des autres ateliers des rencontres pédagogiques organisées par CGé. Décider de ce qu’on va faire ensemble et comment, avec des besoins qui surgissent, c’est complexe. En PI, on parle de responsabilités qui appellent des responsables. On y tient parce qu’on pense que cela permet à chacun de s’inscrire dans le groupe et de soutenir le collectif dans ce qu’il y a à faire. Ça éclaircit à qui chacun peut s’adresser telle ou telle demande ou proposition en lien avec des responsabilités prises. Ça permet de ne pas devoir penser à tout tout le temps.

Le stage, c’est du concentré d’institutions. La production pousse à l’organisation. Il y a des responsabilités à tous les étages, pour chacune et chacun. Beaucoup de responsabilités : dans le stage, dans les groupes de production. Dans l’horaire du stage et dans les pauses.

« Nos responsabilités sont dans nos cerveaux, dans nos cœurs et
dans nos corps. »

Nos responsabilités sont dans nos cerveaux avec le comment on les pense, dans nos cœurs avec le comment on les vit et dans nos corps avec comment on les porte, on les fait. On pourra en parler au Conseil, à son tour au tour des responsabilités. Les autres pourront dire quelque chose sur notre responsabilité. Pour celles qui sont propres au groupe de production au sein de l’atelier, avec son organisation propre. Et ça manque si elles ne sont pas clairement prises et remises, pas affichées et si on n’y revient pas dans un temps prévu. Et tout ça, ça se vit, ça s’apprend. Et on n’en finit jamais de se dire, en tant que responsable de formation, j’aurais dû plus soigner ceci, j’ai été trop directive en pointant qu’il fallait s’organiser avec des responsabilités.

C’est au fur et à mesure qu’on se rend compte, par exemple, que ça aide quand la présidente arrive avec une proposition d’OJ et que le secrétaire rappelle les décisions déjà prises. Que la présidente, ce n’est pas une caporale en chef.

Il y a des responsabilités qu’on voit surtout si elles sont mal portées (il manque une chaise pour quelqu’un du groupe, par exemple) et aussi celles qu’on ne voit pas parce qu’elles sont bien portées (il y a une chaise pour chacun).

Une responsabilité, ça tient éveillé, éveille et peut aussi empêcher de dormir, s’immiscer dans les rêves, empêcher de ronronner, réveiller des fragilités. Rendre très fière ou angoisser. Il y a des effets. Ça travaille.

Il y a des responsabilités instituées, celles qui sont déjà-là, proposées, à habiter en lien avec ce dont on a hérité et qu’en équipe des responsables on a décidé de proposer dès le Conseil d’ouverture (dès le premier jour de la classe) et les responsabilités instituantes à inventer, à proposer, qui surgissent de ce qui se passe ici et maintenant, qui se révèlent nécessaire dans le groupe. Avec dans le stage, une attention à l’aspect formatif que le dispositif tente de donner.

Tout ça au milieu du groupe et des idéaux des autres qui sont toujours insupportables si non identiques aux miens-moi ! Rhoo, ce serait tellement plus simple si les responsabilités ne servaient qu’à garder le local propre…

Curriculum

Certains (peut-être plus que certaines, mais c’est un autre débat) pensent et affirment que nous sommes tous égaux, ce n’est pas juste. Ni entre nous et les stagiaires. Ni non plus, entre les stagiaires qui découvrent le stage ou qui s’y réinscrivent : une première deuxième, une deuxième deuxièmes, une première troisième ou une deuxième ou troisième troisième. Il y a des parcours différents. Les objectifs pour les premières ne sont pas les mêmes que pour les troisièmes. Ni entre nous les responsables : en fonction de notre expérience en PI et de notre expérience comme responsable. Jamais, évidemment, un duo de responsables ne serait constitué de deux vierges ou de deux vieux pots sourds d’oreille, une oreille exercée à entendre derrière ce qui se dit.

Tout le monde pourrait prendre n’importe quelle responsabilité ? Ce n’est pas facile, par exemple, de tenir la présidence d’une assemblée des stagiaires ou d’un Conseil de tous. Il vaudrait mieux s’exercer d’abord au sein d’un plus petit groupe, le groupe de production, par exemple. Et comme responsable, et comme troisième, c’est important d’y veiller. Peut-être qu’un stagiaire en première pourrait très bien tenir cette présidence, oui, mais ça peut aussi faire mal et freiner le groupe. Or, la présidence devrait servir le groupe. Et puis, il aura d’autres occasions. Mais, ce n’est pas une interdiction formelle.

Les R avec S

Pour le stage, un ou une des responsables possibles s’est déclaré prêt à être responsable du stage (aux RPé, dans une école, dans une AMO…) et il a rassemblé une équipe. Entre nous, ce n’est pas kif kif pareil non plus. Chacun·e mesure que les plus anciens dans la pratique sont plus à même pour prendre et tenir cette responsabilité-là. Le responsable dustage est le garant des stagiaires et des responsables dans le stage. Et ça fait du monde. Un paquet de désirs, des kilos de phantasmes.

Quand nous préparons le stage, nous nous répartissons une kyrielle de responsabilités des duos de responsables comme déjà dit, aux horloges à prendre pour avoir l’heure du stage dans les différents locaux, à l’affiche des responsabilités qui seront proposées au Conseil d’ouverture. Avec de la place en dessous pour allonger la liste si besoin…

Go !

Conseil d’ouverture. Des responsabilités à prendre. Certaines réservées aux troisièmes (s’il y en a). Des phrases qu’on s’entend dire : une responsabilité se prend ne se donne pas. Et d’autres qu’on retient, même si ça semble gentil… «Marco, tu ferais un bon président », secrétaire mural « Prends, tu as une si belle écriture », ou Sois chien de berger « Je veux bien être un mouton égaré… »

Entre ne rien en dire et lever le voile, les responsables tentent de mener la barque. Un petit descriptif, ça pourrait peut-être diminuer les angoisses, pousser à l’engagement.

Par exemple : « Pour prendre la Responsabilité soirée PI,

Le jour 4, il y a une soirée PI ouverte aux participants des autres ateliers pour lever le voile sur notre atelier. Il faut au moins un stagiaire de deuxième dans les responsables. Un troisième s’il y en a inscrit au stage.

L’équipe RPé (qui organise ces formations CGé données chaque été à la Marlagne) demande que la soirée PI dure une heure maximum. »

Incomplet évidemment. À rallonger ? Surement ? Peut-être ? Donner un écrit et pas seulement le dire ? Faut-il maintenir cette soirée ? Soirée, ça veut dire festif ? Y’a pas de label PI, mais est-ce que tout ce qui est collectif est coopération ? C’est réussi si : y’a du monde, on rigole, on a envie de s’inscrire au stage l’année prochaine, c’est moins mystérieux, ça a l’air intéressant…

« Sandrine comme R (responsable dans le stage) en soutien. » Et ça, qu’est-ce que cela veut dire ? Le R est disponible ? Il a un droit de véto ?

Et une question dans les mailles de ce qui se tricote dans le groupe, où un moment donner elle se pose à soi : qu’est-ce que je fous là ? En quoi ce que je suis agit-e le groupe. Qu’est-ce que je n’ai pas vu, prévu, border et qui déborde ?

Pour les responsables, cette responsabilité commence à la préparation du stage jusqu’à sa reprise qui clôture l’aventure. Une reprise de stage, c’est un moment où les responsables se retrouvent avec un texte qui parle d’une difficulté liée à sa responsabilité dans le stage et qu’on désire mettre au travail entre nous ou avec un camarade qui n’était pas dans l’équipe des responsables et qui peut nous donner un regard plus extérieur. Cette reprise, c’est aussi le moment de sortir ce que le responsable frigo a noté pour plus tard, pour mettre à refroidir, parce qu’à chaud c’était difficile à traiter ou simplement parce qu’il n’y avait pas de temps, mais que peut-être ce serait intéressant d’y revenir, et d’en tirer un fil pour un stage à venir… d’où l’existence de cette institution mobilière pour les responsables.