Fermeture annuelle du 13 au 28 juillet : les commandes seront assurées jusqu'au 12 juillet et dès notre retour. Bonnes vacances !

Lire à deux

Lire à 2 est un projet développé en bibliothèque pour des apprenants en alphabétisation. Là, il vont lire, mais pas tout seuls. Ca change quoi ? 

Il s’agit de mettre en contact des publics qui ne se fréquentent pas forcément dans la vie (des adultes dont le français est la langue d’origine, pour la plupart retraités mais pas tous) et des personnes en apprentissage du français (adultes principalement issus d’immigration ancienne ou récente). Il s’agit de LIRE ensemble, de se parler, d’apprendre du vocabulaire, d’aller vers l’autre, … C’est, pour les apprenants, une rare occasion de parler le français dans des conversations naturelles et pas programmées par les apprentissages scolaires. C’est aussi découvrir que la lecture peut apporter du plaisir et partager ce plaisir. 

Le projet, initialement créé par Kristine Moutteau, formatrice au collectif alpha de Saint-Gilles, a été mis en place à la bibliothèque de Koekelberg suite à deux démarches effectuées en parallèle. D’une part le collectif alpha de Molenbeek, cherchait un moyen de mettre en contact, dans une ambiance bienveillante et conviviale, un groupe d’adultes en apprentissage du français et des personnes dont le français est la langue d’origine. D’autre part, l’asbl Ages & Transmissions, était désireuse de reprendre ce type de projet dans ses activités récurrentes et de le développer dans d’autres bibliothèques. Lire à 2 démarre en novembre 2015. 

Le projet cherche à « désacraliser » la bibliothèque en la rendant accueillante et bienveillante. Il s’agit de la faire entrer dans le quotidien comme lieu de ressources et d’apprentissages où l’on peut revenir, même sans l’excuse des enfants, pour emprunter des livres, les lire chez soi et les rapporter sans accompagnement. Les personnes vont découvrir en binôme des livres choisis de la littérature jeunesse et en partager le plaisir de la lecture. 

Les séances en pratique 

Lorsque le projet débute, en 2015, l’agenda des séances est fixé au mardi matin de 10h à 12h, de novembre à mai, avec une séance de lecture toutes les 3 semaines, ce qui fait environ 10 séances de lecture réparties sur l’année scolaire. Il s’agit de séances de 2 heures au cours desquelles un apprenant lit en binôme avec un volontaire un livre qui est choisi parmi un lot d’albums pour la jeunesse sélectionnés par la bibliothécaire sur base de critères très pointus : les histoires ne doivent pas être trop infantiles, la police de caractère doit être lisible et assez grande, les phrases doivent être courtes et les illustrations les plus cohérentes possible par rapport au texte. Ces albums sont également un point de départ pour un échange entre deux adultes. Ils doivent donc être porteurs de messages permettant les échanges tels que souvenirs d’enfance, rites culturels, habitudes de vie,…  

Au fil des évaluations réalisées avec les volontaires et les apprenants, il devient très vite évident que la régularité et la fréquence des séances sont des éléments essentiels. Plus il y a de séances et plus les apprenants sont réguliers, plus leur évolution de lecture est notable.  

Le Lire à 2 se déroule maintenant tous les vendredis de 10 à 12h, de novembre à mai. Il y a en moyenne 8 binômes (1 apprenant/1volontaire) qui lisent dans le même espace, à savoir la section jeunesse située à l’étage de la bibliothèque. Le groupe du collectif alpha étant normalement constitué de 14 à 16 adultes, les apprenants « excédentaires » descendent lire avec le formateur dans la salle de lecture de la section adultes. 

Le planning actuel des séances prévoit deux moments d’échanges qui seront consacrés à des jeux de rôles, des discussions autour des livres, des échanges informels sur le projet,… Ces moments de discussions permettent de le réajuster en cours de route et/ou de vérifier que tout se passe bien et que tout le monde s’y sente bien. 

Des lectures qui font naître des échanges 

Le choix des albums de jeunesse n’a pas été fait par hasard dans ce projet. Ces livres sont également lus par les enfants lorsqu’ils démarrent leur apprentissage de la lecture. Les phrases y sont souvent simples (sujet-verbe-complément), limitées à une ou deux par page, et l’illustration, très souvent en pleine page, sert de support à la compréhension du texte déchiffré, permet d’anticiper la lecture, de préparer le cerveau à faire le lien entre la lecture des mots et leur représentation dans l’illustration.  

Bien entendu ce choix de support demande une préparation préalable de la part du/de la bibliothécaire car il ne s’agit pas de proposer à des adultes la lecture de Petit Ours Brun est triste ou Caillou va à l’école. Il paraît évident qu’aucun adulte, même le plus bienveillant qui soit, n’aura de plaisir à échanger autour du jouet cassé de Petit Ours Brun ou de la séance de coloriage de Caillou à l’école ! 

Le défi est donc de trouver des albums avec les contraintes visuelles que nous venons d’évoquer avec en plus, une thématique pouvant amener au dialogue entre des personnes d’âges, de cultures, de niveau social différents. Grâce à une bonne sélection de livres, les apprenants ont non seulement la possibilité d’être soutenus dans leur apprentissage de la lecture mais également de communiquer en français de manière spontanée avec des personnes francophones, plutôt que de manière artificielle dans des conversations entre apprenants imposées par le formateur. Par exemple, grâce à des titres tels que « Tout pourrit ! » de Hirotaka Nakano naissent des échanges autour du jardin, des plantations, du compostage,.  

En cours de séances 

Lors d’une séance, Ahmed, un monsieur d’une cinquantaine d’année, choisit le livre « Tout d’un loup » de Géraldine Elschner. A partir de ce moment-là, à chaque séance, il le reprend et s’arrange pour le lire avec un(e) volontaire différent(e), pensant sans doute que si on remarque qu’il choisit toujours le même livre, on lui dira qu’il doit en changer. Constatant ce choix répété du même titre, nous finissons par demander à Ahmed ce qui le pousse vers ce titre. Voici ce qu’il nous confie : « Moi aussi, quand j’étais enfant, au pays, j’étais berger. Cette histoire me rappelle cette époque. » 

Une autre fois c’est une apprenante qui nous partage son étonnement face à l’amusement partagé avec la bénévole en lisant en duo le livre “Vite, vite, chère Marie !” de N. M. Bodecker. Elles diront toutes les deux : « C’est comme à la maison, c’est nous qui faisons tout ! » L’apprenante rajoutera : « Je ne savais pas qu’un livre pouvait faire rire ! » 

La mission de partage du plaisir de lire est également gagnée lorsque des apprenants demandent à emprunter les livres appréciés lors de l’activité pour les lire à leurs enfants. 

Ce genre de projet, avant tout humain, permet entre autre de prouver au travers des échanges entre volontaires et apprenants que même si ceux-ci n’ont pas les mêmes facilités en lecture, ils possèdent d’autres connaissances qui peuvent également être transmises.