L’union fait la force ?

Après les grosses mobilisations de mai-juin, l’été était bienvenu pour un peu de repos bien mérité, mais aussi pour une prise de recul. CGé a accueilli une mise en vert d’École en lutte aux RPé, regroupant des militant·es d’École en lutte et d’autres mouvements. Quelques jours après, nous sommes intervenus lors de la mise au vert de Mars Attacks à Namur. Partout la même question se posait : comment continuer, pour quoi continuer, mais aussi avec qui continuer ?

Il est clair que dans la bonne vieille tradition de la gauche qui préfère souvent s’étriper sur les 5 % de désaccords entre eux au lieu de se focaliser sur les 95 % d’accord dans la lutte contre les forces réactionnaires, la mobilisation de l’année passée n’a pas été sans heurts entre différents mouvements. Parfois des heurts brutaux et très visibles, comme l’exclusion de leur syndicat de deux déléguées syndicales à cause de leur militantisme avec École en lutte. Parfois plus derrière les coulisses.

CGé s’est choisi comme thème de l’année la question « Comment mener des luttes ?». Peut-être que la vraie question derrière est plutôt « Comment gagner des luttes ?». S’il y avait une recette facile, CGé n’existerait probablement plus, puisque nous aurions atteint nos objectifs depuis longtemps. Mais certains éléments de réponse peuvent être rassemblés des expériences du passé et d’ailleurs.

Focus, baby

Tout d’abord, les luttes se gagnent quand elles sont ciblées, c’est-à-dire avec un message simple et clair. Oui, nous sommes beaucoup à rêver du grand soir qui fera tout changer. Oui, nous sommes beaucoup à avoir une lecture systémique qui nous convainc que changer une chose aura un effet très limité si on ne change pas les nonante-neuf autres choses qui y sont liées. Et oui, entre mouvements, nous avons souvent du mal à nous accorder sur ces nonante-neuf autres choses, et on passe du temps à en débattre. C’est cette conscience de la complexité qui nous empêche parfois d’avancer ensemble. La grande majorité des luttes qui ont connu des succès ont fait abstraction de cette complexité et se sont focalisées sur un objectif précis. Quitte à se dire qu’une fois cet objectif atteint, il y en aura d’autres. Je ne dis pas que c’est facile d’identifier un tel objectif, et encore moins de se mettre d’accord entre alliés sur ce choix, mais pour qu’une lutte ait un réel impact à l’échelle de la société, elle doit être lisible pour cette société.

Ensuite, l’objectif choisi doit évidemment rallier suffisamment de monde pour construire une coalition assez large pour peser sur le rapport de force. L’année scolaire passée a été extraordinaire dans l’unité assez inédite qu’il y avait entre les différents acteurs de l’école dans le rejet des mesures proposées par le gouvernement. Cette unité a été une force importante pour le mouvement. À l’occasion de la rentrée, une partie de la presse se fait maintenant un malin plaisir à semer la discorde entre enseignant·es et parents[1]https://www.sudinfo.be/id1188283/article/2026-09-01/grogne-des-profs-les-parents-commencent-en-avoir-ras-le-bol-si-nous-faisons.

Wablief ?

Il faut évidemment résister à ces tentatives de diviser pour régner. Et à mon avis c’est là où réside le plus grand défi aujourd’hui : définir un message clair qui permet aux parents et à la société plus large de voir que la lutte ne concerne pas que la défense de droits acquis d’une corporation, mais qu’elle vise un objectif partageable par le plus grand nombre. Dans ce contexte, il faut d’abord montrer comment les décisions concernant le statut ou les modalités de travail des enseignant·es affectent l’apprentissage des enfants. Dans une carte blanche, l’équipe politique a tenté, par exemple, de montrer en quoi les mesures avaient un impact sur les inégalités[2]https://changement-egalite.be/carte-blanche-plus-degalite-a-lecole-deux-pas-en-avant-vingt-pas-en-arriere/. Mais ce n’est évidemment qu’un aspect de la question.

Il me semble évident que si le mouvement de contestation et de revendication doit perdurer, et si nous ne voulons pas seulement résister, mais aussi gagner, ce ne sera possible que si les enseignant·es vont vers les autres acteurs, en tout premier lieu les parents, pas seulement pour les informer et les convaincre, mais aussi pour les entendre. Lors de la mise au vert d’École en lutte aux RPé, certaines ont évoqué l’exemple d’une grève des enseignant·es de Chicago où un travail important de rencontre avec les parents, les commerçants et autres acteurs locaux a permis de gagner le soutien de la société civile plus large à la grève. Au stade actuel de la lutte, une telle démarche chez nous pourrait peut-être permettre de renforcer le mouvement.