Monsieur le Président

Vous souhaitez « confier la mémoire » d’un enfant juif de France, déporté, et exterminé par les nazis avec la complicité du régime de Vichy à chaque élève de CM2. Onze-mille enfants juifs, portés un par un, par onze-mille enfants d’aujourd’hui.

Serge Klarsfeld a établi la liste des premiers, leur restituant un nom, parfois un visage. Leur nomination autorise le souvenir.

Pourquoi charger les seconds de la perpétuation de leur souvenir ?

Pourquoi les charger de ce qui nous revient à tous. Une façon de leur faire porter l’avenir et ses possibles en nous en dédouanant ?

Aujourd’hui des enfants de parents étrangers, immigrés, clandestins sont expulsés de France ; et dans l’école, dans la classe qu’ils fréquentaient jusque-là, des enfants de tous âges, des adolescents, d’un jour à l’autre font avec le vide de leur absence : une chaise vide là où un copain avec un visage, un regard, une voix était présent. Ils sont « chargés » de cela parce qu’ils vivent aujourd’hui en France et ils se « débrouillent » pour continuer à exister et à donner existence à ceux qu’ils ont connus, dans leurs questions, dans leurs souvenirs et parfois dans leur douleur. Ils se débrouillent… mais pas seuls… avec leurs parents, leurs profs qui tentent jour après jour de leur expliquer l’inexplicable, d’essayer de les faire consentir à l’inacceptable. Et cela, sans cellule d’écoute appelée en général pour faire taire ce qui effracte.
Peut-être que les enfants d’aujourd’hui ont déjà beaucoup à faire pour traiter, chacun, l’immonde du présent. La langue y charrie aussi à notre insu la Shoah et le fait que venus au monde après, nous en sommes les « témoins forcés », nous en faisons quelque chose… à nous de savoir quoi.

Stop à la surenchère sur les enfants.

Le 15 février 2008