Pédagogie Freinet (La)

L’œuvre de Célestin Freinet est remarquable pour la confiance qu’il accorde à l’enfant, attentif qu’il est à ce que d’aucuns aujourd’hui nomment éducabilité. Quelle que soit l’attitude de refus pour entrer dans la vie de la classe manifestée par l’élève, quel que soit, à propos d’un apprentissage, l’écart entre la visée du maître et une réponse erronée de l’enfant, l’instituteur de Saint Paul croit à la possibilité de ce dernier de s’amender, de progresser. Rien n’est jamais définitif. Tout peut advenir à condition de le croire possible.
Le pédagogique s’inscrit chez Freinet dans une visée humaniste et politique du rôle de l’école, arc boutée qu’elle est à deux domaines de réflexion et d’action qui vont constituer les fondements de la pédagogie Freinet. D’une part, une centration sur les fondements de l’apprentissage personnel. « La psychologie sensible » et « le tâtonnement expérimental » constitueront les deux piliers théoriques d’une action éducative visant à faire de l’élève l’acteur de ses apprentissages.
D’autre part, une attention aux principes d’une coopération à l’école susceptible de faire advenir les conditions de l’autogestion. Le conseil de classe, organe de discussion, d’analyse et de décision est Ie lieu de parole permettant de faire émerger de la loi comme principe de cette coopération.
Ainsi Freinet nous parait avoir été le premier pédagogue à considérer qu’apprendre est certes un acte individuel, mais à condition de Ie penser dans une communauté d’apprenants qui s’épaulent, coopèrent et construisent ensemble du sens. L’intelligence est de la socialité intériorisée. Apprendre est un acte individuel, à la condition de le replacer dans son contexte coopératif.
Les deux critères d’une école dans laquelle chacun peut apprendre et apprendre à être avec les autres sont le conflit (d’idées bien sûr) et l’entraide. Le débat d’idées n’a de chance d’aller à son terme, donc de provoquer une décentration de ceux qui s’y adonnent, qu’à la condition pour chacun des participants d’être rassuré sur un après pacifié. La meilleure manière d’individualiser est de coopérer.
Freinet conduit à faire de la classe le lieu dans lequel le maître rend ses élèves attentifs simultanément à leur rapport aux savoirs et à leur rapport à la loi édifiée en commun. Le savoir ne peut être construit par l’élève que dans un climat de sérénité, conséquence d’une vie sociale à laquelle chacun participe. La décentration est facilitée par le décentrement. C’est pour cette raison que la visée éducative de Célestin Freinet est politique autant que pédagogique : la convivialité ne se bâtit pas à partir de rien, non pas uniquement à partir du savoir, mais à partir d’un savoir construit individuellement et non pas de manière individualiste. Le conseil de coopérative dans lequel se discute la répartition des rôles pour préparer la venue des correspondants, mais aussi le plan de travail de la semaine à venir, ou encore les résultats obtenus par chacun, les progrès escomptés et tenus sont des actes politiques autant que pédagogiques. Ils donnent du sens aux existences individuelles par les savoirs construits solidairement.

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