Présentation de l’Appel

_ Enregistrement audio de la présentation complète du 31 janvier 2014

Présentation des revendications

Anne CHEVALIER

Non, nous ne ferons pas aujourd’hui, le bilan de la législature en cours, ni celui des tentatives multiples pour infléchir le système scolaire depuis le décret Missions.
Il ne s’agira pas non plus de présenter, en vue des élections 2014, un mémorandum reprenant une liste précise de changements indispensables en vue d’une école plus égalitaire, plus démocratique et de la réussite pour tous.
Les signataires de cet appel ont pour but aujourd’hui d’interpeler les partis politiques qui entrent en campagne électorale et leur proposer une autre façon de faire évoluer la question de l’école. Ce que nous demandons ici est un changement de paradigme qui nécessite l’appui de tous les partenaires.

Dans la perspective des élections de mai 2014, les signataires de cet appel demandent aux hommes ou femmes politiques d’affirmer leur volonté d’ouvrir le débat en vue d’une refondation de l’École pour répondre aux défis de notre société.

Nous entendons souvent que pour les partis politiques présents ici la question de l’École est une préoccupation centrale. Toutefois, nous constatons que, quand le politique décide tout seul, cela ne marche pas.
Pour l’avenir, nous demandons que les réponses apportées par les hommes et les femmes politiques soient concertées, cohérentes et engagées pour du long terme.

Pour y arriver, il est indispensable d’ouvrir et de mener le débat entre les différents partis et en concertation avec les pouvoirs organisateurs, les enseignants, les parents ainsi que les autres acteurs associatifs autour de l’école via les différentes institutions et associations qui les représentent.
Ce débat devrait faire émerger les principes sous-jacents à une refondation du système éducatif en Communauté française. Il ne s’agit pas de tout détruire pour reconstruire, mais de s’accorder sur de nouveaux fondements.

Pour ce faire, nous demandons au prochain gouvernement d’arrêter la course aux réformes et d’avoir le courage
d’analyser la situation de l’enseignement en CF avec toutes ses composantes, d’évaluer objectivement ce qui a été fait et d’identifier les freins aux changements.

Au fil des législatures, les réformes se succèdent et nécessitent souvent de multiples réajustements. C’est que, malgré leurs intentions parfois louables, elles s’attaquent à un aspect du système sans prendre en compte l’ensemble des composantes. De plus, ces réformes sont souvent mal préparées auprès des acteurs et non accompagnées.

Nous demandons au prochain gouvernement de ne pas entrer dans le jeu de l’obligation de résultats rapides sur une législature, mais de prendre le temps de l’analyse et de l’évaluation en s’appuyant sur les nombreuses études existantes qui posent le problème.

… et de débattre avec les acteurs en levant les tabous qui empêchent toute évolution globale du système :
-le quasi-marché scolaire,
-la complexité du système en particulier du fait des réseaux,
-l’articulation des différents niveaux scolaires,
-la hiérarchisation des filières,
-les modes d’évaluation des élèves, des professionnels et du système,
-le temps scolaire des enseignants et des élèves.

Il s’agit ici du cœur de notre message : aucune solution ne pourra être apportée pour améliorer durablement notre système scolaire si ces différents aspects, qui en fondent l’organisation actuelle, ne peuvent être analysés et mis en débat. Aucun de ces sujets ne peut être évincé afin que tous les aspects du système soient pris en compte et considérés comme parties d’un tout. Faute de quoi, on se contente de soigner les symptômes d’une maladie sans s’attaquer aux racines du mal.

… et proposer un projet global concerté et cohérent pour l’enseignement obligatoire ainsi que la formation des enseignants,
de planifier la mise en œuvre de ce projet sur deux législatures au moins et d’en assurer la pérennité.

Personne ne détient toutes les solutions aux problèmes de l’école. Celles-ci doivent nécessairement être construites collectivement, sur base d’une vision constructive partagée entre les partis. Cela nécessite une réelle bienveillance de la part de tous les acteurs afin de sortir de la diabolisation mutuelle des partenaires.

Il est indispensable d’articuler la future réforme de la formation des enseignants avec une refondation de l’enseignement obligatoire. Cela demande donc de dépasser les jeux de pouvoir entre différents ministres afin de garantir une cohérence globale du système, cohérence qui manque crucialement depuis des décennies.

Ce consensus autour d’un projet pour l’école doit dépasser le cadre d’une majorité sur une législature, mais être porté par la plupart des partis dans la durée. Sa mise en œuvre, pilotée par un comité de suivi, doit prévoir un phasage qui s’étend dans le temps. Il ne s’agira plus d’attendre d’un ministre en place de faire ses ‘preuves’ sur le temps d’une législature.

Conclusion

Nous invitons les politiques à prendre leurs responsabilités en confirmant la nécessité de ce débat dès aujourd’hui, mais aussi après les élections.

Il ne s’agit donc pas de recommencer des Assises ou des consultations des enseignants qui ont déjà été faites et bien faites. Aujourd’hui, les constats d’une école profondément inégalitaire sont là et beaucoup de propositions existent. Mais pour avancer, on ne peut plus se contenter de réformes cosmétiques. Il faut s’attaquer aux fondations du système.

Nous attendons du politique de choisir une méthode pour mener ce débat, de se donner des outils de décisions afin d’élaborer un projet d’une École de la réussite de tous.