Voici quelques infos intéressantes tirées de la conférence de Dan Van Raemdonck et d’Anne-Catherine Simon qui présentaient le guide « Langue et citoyenneté » lors d’une journée d’étude[1]Journée professionnelle organisée par la Foire du Livre de Bruxelles, en mars 2025..
Le Conseil de la langue française (des langues régionales endogènes et des politiques linguistiques) a publié, en 2024, un nouveau guide[2]urls.fr/jgjQk6 intitulé « Quand dire, c’est inclure ». Ce guide accompagne la nouvelle législation de la FWB sur la féminisation et la communication non discriminatoire quant au genre. Il contient des recommandations non contraignantes : il incite à être souple et propose différentes techniques parmi lesquelles piocher quand on cherche à rendre notre communication plus inclusive. Les membres du conseil ont tenté d’assurer l’équilibre d’un trépied dans l’écriture de ce guide : visibilisation des femmes (et des identités de genre), cohérence du système de la langue (qui s’appuie sur les pratiques de la langue), lisibilité des textes (les citoyens et citoyennes doivent continuer à avoir accès aux textes).
Les termes du décret sont alambiqués, car l’expression « écriture inclusive » était crispante. Le décret de la FWB utilise donc l’expression « communication (officielle et formelle) non discriminatoire quant au genre » plutôt qu’écriture inclusive. C’est important de préciser qu’il s’agit bien du cadre formel, par exemple sur le lieu de travail, pas de l’informel : chacun reste libre d’utiliser le langage qu’il veut dans le privé. L’objectif est d’avoir un langage commun dans les institutions belges (administration, culture, éducation…).
Les partisans d’une écriture plus inclusive sont souvent traités de wokistes. Or, le fond, ce n’est pas le débat du wokisme, mais la question des droits humains qui demandent de ne pas discriminer les personnes sur la base de leur genre. Donc ce n’est pas une lubie, mais un devoir dans le chef de la FWB de respecter les chartes et conventions relatives aux droits humains que notre pays a signées et ratifiées.
Le guide recommande, pour désigner des groupes qui comportent hommes et femmes, les techniques suivantes : formules doubles (ex. les enseignants et [les] enseignantes), des termes épicènes (les élèves), des termes collectifs (le personnel politique), etc. Il est recommandé de limiter l’usage du point médian (les enseignant·es) aux besoins d’abréviation uniquement ou quand un terme épicène fait vraiment défaut. Savez-vous d’ailleurs qu’il existe sur internet une Inclupédie qui vous aide à trouver des formulations
épicènes ?
Le point médian permet donc d’abréger un doublet, dans un contexte d’abréviation ; il n’est qu’un procédé parmi d’autres et n’est dès lors pas obligatoire. Il faut envisager les enjeux discriminatoires liés à nos écrits et adapter notre écriture en fonction. Par exemple, les doublets complets doivent être soignés dans les communications où il est nécessaire de visibiliser les femmes ! C’est important de préciser « les experts et les expertes » quand on évoque un groupe de scientifiques mixte, important de visibiliser la présence des femmes faisant partie de ce groupe le plus souvent composé d’hommes.
Le point médian difficile à lire pour les dys ? Un usage excessif pourrait l’être, mais ce n’est pas du tout la recommandation du conseil. Et, d’ailleurs, l’orthographe française est un monstre plus effrayant pour les dys que l’usage du point médian… On est en phase de test de ces pratiques, laissant la créativité à l’œuvre pour l’instant.
Le masculin générique, par exemple dire les enseignants pour désigner des femmes également, on recommande de ne l’utiliser que si la mixité du groupe a été préalablement explicitée dans le texte. Il y a eu une volonté du cabinet Linard de supprimer ce masculin générique des usages. Le conseil a répondu : « On ne peut pas, il existe, les gens l’utilisent, on ne commande pas les usages des gens. » Mais, il faut être conscient que le masculin est toujours ambigu dans son interprétation et l’utiliser à bon escient.
En outre, on peut éviter de dire « le masculin l’emporte », et remplacer cette expression maladroite par celle « d’accord non marqué » ou de « masculin à valeur générique ».
En effet, la langue n’est pas sexiste à priori, c’est la manière dont on l’utilise qui peut l’être. Le masculin est plus fréquent, mais pas par sexisme.
L’évolution depuis le latin explique pourquoi le masculin est devenu la forme générique, la forme neutre à utiliser en cas de termes masculins et féminins assemblés. Les formes latines en –um masculin ont disparu dans l’évolution de la langue alors que les termes féminins en –am ont laissé un –e à la fin des mots. Donc le masculin est la forme toute nue : la marque du masculin n’a pas subsisté dans l’histoire de la langue, contrairement à la marque du féminin.
C’est parce que le masculin est tout nu, sans marque, qu’il peut servir de forme générique ; le féminin est resté marqué dans l’histoire, il ne peut dès lors pas servir de générique, car il a une marque, ce « petit truc en plus ».
On peut en fait changer son discours sur la langue : ça ne change pas les discriminations sociales, mais ça modifie la manière de considérer le prétendu sexisme de la langue.
Notes de bas de page
| ↑1 | Journée professionnelle organisée par la Foire du Livre de Bruxelles, en mars 2025. |
|---|---|
| ↑2 | urls.fr/jgjQk6 |