Suivi ou tutelle sur les établissements scolaires en difficultés ?

Au front des classes, l’urgence est totale : pouvons-nous convenir d’une trêve et d’une alliance au profit des enfants et des enseignants aujourd’hui maltraités par l’école ?
Que peut-on attendre des articles de ce décret et comment les enseignants et les écoles peuvent-ils les prendre : que peuvent-ils en faire ? Cette question était en débat dans ce journal il y a peu. Voici notre vision :
Nier qu’il y ait aujourd’hui des écoles en difficultés serait grotesque mais des écoles en difficultés, c’est quoi ? Des écoles où les conditions ne sont pas / plus réunies pour enseigner et pour apprendre, ou alors où on apprend si peu…
Peut-on fermer les yeux et les laisser continuer comme ça ? Non !
Et donc, lever le voile et nommer les difficultés est la première condition indispensable mais absolument pas suffisante pour sortir de l’impasse actuelle.
Nous entendons et partageons pour partie :
– l’inquiétude de ceux qui doutent de l’efficacité et de la pertinence des seuls dispositifs de pilotage par les résultats, les risques de dérives et l’énergie de travail que cela demande au détriment du travail sur les “vraies” pratiques en classe étant réels ;
– la crainte de stigmatisation pointée par d’autres mais en même temps, le mal est fait : les difficultés sont avérées et connues de tous. L’enjeu porte sur l’analyse et ce qui sera mis en place.

Selon nous, le gouvernement et l’administration n’ont ni le pouvoir ni la volonté de produire un diagnostic à charge des enseignants ou de la direction : Faisons-leur le crédit qu’il veulent donner le pouvoir aux acteurs des écoles de produire un vrai diagnostic non complaisant sur ce qui est en jeu et qu’ils prendront au sérieux ce qui en sortira.

Et il y a gros à parier que ce qui sortira de ce diagnostic, c’est que ces écoles ne sont pas le problème : elles sont le symptôme, la conséquence du fonctionnement de notre système scolaire qui sélectionne et qui relègue. Et que ce fonctionnement perdurera :

• tant que la mission explicite attribuée à l’enseignement obligatoire ne sera pas de donner un bagage de connaissances et de compétences pour tous, en immunisant une période pendant laquelle on apprend sereinement et en repoussant l’entrée dans la compétition au-delà de cette période,

• tant qu’on acceptera, au nom de la sacrosainte liberté de choix constitutionnelle, que les parents trient les écoles et que les écoles trient discrètement leurs élèves [1]Voir à ce sujet le reportage édifiant d’Infor-Jeunes Laeken https://youtu.be/LhiSMAst2fY
)) en produisant alors des écoles ghettos, plutôt que réunir les conditions d’un enseignement de qualité partout[2]Est-ce un scoop ? les parents de milieux populaires veulent AUSSI une bonne école pour leurs enfants !,

• tant que les formateurs d’enseignants ne les formeront pas à faire entrer tous les enfants dans les apprentissages, y compris ceux qui ne sont pas dans les codes de l’école au départ,

• tant qu’on n’investira pas massivement dans l’enseignement maternel et primaire : période-clé où se joue l’entrée dans les apprentissages et donc la réussite scolaire.

Repenser le projet d’école en terme collectif nécessite :

• que les réseaux acceptent de collaborer en ouvrant le jeu et en partageant leurs compétences,

• que les enseignants et leurs syndicats acceptent de consacrer le temps nécessaire au travail collectif au sein des écoles pour pouvoir s’épauler dans la gestion pédagogique des difficultés,

• que les parents acceptent qu’une bonne école est une école qui fait réussir tous les enfants, et pas celle qui élimine ceux qui ne peuvent pas suivre,

• que les élèves puissent découvrir dans leur classe qu’on réussit mieux avec les autres que contre les autres,
en osant poser un regard sur les pratiques pédagogiques au sein de classes qui sont le lieu où se rejouent les inégalités quotidiennement, en posant des choix structurels forts en faveur de l’hétérogénéité des écoles et en valorisant clairement les écoles qui emmènent tous leurs élèves jusqu’au bout du parcours.

Nous proposons donc aux acteurs de ces écoles de se saisir de cette mesure d’encadrement des écoles en difficultés : de ne pas se laisser coincer dans une mission impossible tout en prenant leur part de responsabilité à leur niveau pour faire bouger le système : pour le rendre plus ambitieux et plus respectueux des enfants de milieux populaires et des enseignants qui sont coincés avec eux dans le piège de la relégation.

Et d’interpeler le politique et les acteurs institutionnels pour qu’ils prennent leur juste part des nécessaires changements fondamentaux.

Ils trouveront notre mouvement à leurs côtés pour les soutenir dans ce combat !

Fred Mawet,

Secrétaire générale du mouvement « ChanGements pour l’égalité »

Notes de bas de page

Notes de bas de page
1 Voir à ce sujet le reportage édifiant d’Infor-Jeunes Laeken https://youtu.be/LhiSMAst2fY
2 Est-ce un scoop ? les parents de milieux populaires veulent AUSSI une bonne école pour leurs enfants !