Thomas

Cette année, au collège (situé dans le nord de la France), j’ai toutes les classes de cinquième (âge moyen : 11 ans), par choix. J’aime bien ce niveau, car les élèves y commencent l’espagnol. Bien souvent, il y a un grand appétit et de la curiosité.

Je laisse les élèves s’assoir où ils le souhaitent.

Thomas s’est assis devant mon bureau.

Les premières séances étaient dédiées à des activités coopératives. Il y a eu beaucoup de déplacements et nous n’avions pas besoin du cahier. Je n’ai pas le souvenir que Thomas se plaignait.

Bouder

Dès que nous avons eu besoin du cahier, Thomas soupirait : « Je n’y arrive pas, je ne comprends pas. » Il refermait son cahier, et croisait ses bras. Je lui demandais ce qu’il ne comprenait pas. Il me répondait : « Rien, je ne comprends rien. » Pendant les travaux de groupe, ses camarades m’interpelaient pour me dire que Thomas ne faisait rien.

C’est arrivé très souvent, peut-être à chaque fois qu’il y avait besoin d’écrire. Claire, sa voisine, ou moi tentions de l’aider. Mais, Thomas ne semblait pas faire preuve de bonne volonté. Il n’avait pas envie de s’y mettre.

Là, devant moi, à chaque séance, c’était la même histoire. Il m’exaspérait. Mais pourquoi ?

Il ressemble à un petit enfant qui se plaint tout le temps.

Un jour, je lui ai rappelé la loi assez fermement, celle écrite au mur : « Tu es là pour travailler et apprendre. » Et j’ai ajouté : « Il faut s’y mettre. Courage. » Alors, il a boudé. Mais, j’ai quand même demandé ce qui se passait quelques instants plus tard, car visage fermé, figé, il ne faisait plus rien du tout. Claire m’annonce qu’il n’a pas aimé que je le dispute. Je lui demande si c’est exact. Il hoche un petit oui de la tête. Et, il finit par se mettre un peu au travail.

Lors du bilan de fin de séquence, Claire évoque la difficulté de travailler en groupe quand quelqu’un refuse de travailler. Je lui demande de préciser la situation, comment le groupe a réagi, et ce que ça lui fait à Claire d’être confrontée à cette situation. Elle parle de Thomas. Celui-ci a donc la parole, mais il n’a rien à dire.

Un autre jour, la même histoire. Je lui dis cette fois que le travail qui n’est pas fait en classe devra être rattrapé, en heure de retenue. J’ai un peu honte d’évoquer le système de sanction du collège, je ne l’applique pas. Et puis, Thomas se met un peu au travail, fait-il semblant ?

Un autre jour où il râle, c’est moi qui ferme son cahier et lui dis « Je perds patience. Tant pis, ne travaille pas. » Mais, il s’y met un peu en soupirant.

Effacer

Thomas me semble passif et bavard. Il s’amuse parfois avec Claire qui, elle, tente de faire tout ce qu’elle peut malgré ses difficultés de compréhension.

Au Conseil, il prend la responsabilité d’effacer le tableau. Les premiers temps, il oubliait, et quand je me suis rendu compte que c’était lui le responsable, je lui ai dit qu’il ne fallait pas m’attendre, qu’il pouvait venir au tableau dès qu’il y avait besoin d’effacer quelque chose. C’est lui le responsable du tableau.

Il a pris sa responsabilité très au sérieux. Il semblait beaucoup plus attentif à ce qui se passe dans la classe, peut-être pour savoir à quel moment il était opportun de venir effacer.

Il est devenu souriant. Sa posture a changé. Il ne râle plus.

« Thomas a pris la responsabilité d’effacer ce qui est écrit au tableau, lui qui semble ne pas vouloir écrire dans son cahier. »

Thomas a pris la responsabilité d’effacer ce qui est écrit au tableau, lui qui semble ne pas vouloir écrire dans son cahier.

Thomas partage cette responsabilité avec Aïcha. Ils se sont accordés pour que le mardi ce soit l’un et le vendredi l’autre. Un jour, Thomas a effacé le tableau alors que ce n’était pas à lui de le faire. Aïcha le lui a fait remarquer, il a râlé. Elle en a parlé au Conseil lorsqu’elle a rendu sa responsabilité en disant que Thomas avait effacé un jour où c’était elle la responsable, mais que ce n’était pas grave. Thomas a soupiré et râlé : « C’est bon là, c’est pas grave. »

Les responsabilités sont prises pour la période, de vacances à vacances, autrement dit pour six ou sept semaines. Les 5e sont très enthousiastes et nombreux à vouloir prendre des responsabilités, c’est pourquoi on a jugé intéressant de multiplier les occasions d’en prendre. Ainsi le roulement se fait régulièrement et permet à chacun et chacune de s’inscrire. Je me demande s’il n’aurait pas été plus opportun pour Thomas, d’être responsable du tableau plus longtemps, pour voir si sa posture face à l’écrit se transforme.

Nous avons reçu une lettre d’une classe espagnole qui nous propose une correspondance. Pour l’instant, elle a uniquement été lue. Thomas s’est empressé d’écrire une réponse malgré ma proposition de rédiger une lettre collective. Il n’a donc aucune difficulté à écrire, en français du moins.