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Tout est relatif ?

Les mesures actuelles sont-elles suffisantes pour réduire les inégalités scolaires ? Dans la philosophie de la justice sociale, il existe deux approches : l’absolue où on estime que tant qu’on assure un minimum nécessaire pour tous, ce n’est pas grave si certains ont beaucoup plus. Et la relative, où au contraire, c’est la différence entre ceux qui ont le plus et ceux qui ont le moins qu’il faut réduire.

Les inégalités scolaires existent dans un contexte plus large de compétition où chacun doit se démarquer des autres en faisant mieux. C’est donc bien la différence relative avec les autres qui compte. Une réduction des inégalités scolaires veut donc dire : réduire cette différence. Et, à moins de baisser le niveau des plus avancés, une telle réduction doit passer par un rehaussement du niveau des plus faibles, tout en évitant que les plus forts ne progressent encore plus.

Dans un Sois politique récent[1]https://changement-egalite.be/larbre-a-citrons/, j’ai pointé la nécessité reconnue par les auteurs du Pacte, de séparer géographiquement les écoles du tronc commun des écoles de post-tronc commun, pour éviter que la nature du post-tronc commun d’une école agisse comme un filtre qui trie les élèves à l’intérieur même du tronc commun. Lors d’une discussion récente avec des décideurs politiques de la Fédération Wallonie-Bruxelles, cela a été remis en question, avec l’argument que les mesures du Pacte pour réduire les inégalités seraient suffisantes pour avoir un effet significatif, même en l’absence de véritables écoles de tronc commun.

Faisons donc l’inventaire des mesures visant explicitement la réduction des inégalités. Sans en nier l’importance, j’exclus ici celles dont l’effet sur les inégalités n’est pas immédiat ou est trop dépendant d’acteurs : les plans de pilotage, la gratuité scolaire, le Dossier d’accompagnement de l’élève (DAccE). D’autres, comme la réforme de l’encadrement différencié, poursuivront selon la feuille de route, mais sans aucun acquis précis à ce jour — voire une remise en question généralisée par certains. Il reste donc essentiellement deux mesures : le Français langue d’apprentissage (FLA) et le co-enseignement.

Que de la flotte ?

Alors, ces mesures-là réduisent-elles les inégalités au point où la mise en place de véritables écoles de tronc commun devient optionnelle ? Premier constat : les deux mesures sont d’application dans toutes les écoles, celles scolarisant des enfants issus des milieux populaires et celles avec des enfants issus des milieux favorisés. Sur son site, la FWB indique d’ailleurs que l’accompagnement personnalisé s’applique « à tous les élèves, qu’ils présentent des difficultés d’apprentissage ou non[2]miniurl.be/r-5h3j ». Même si des inégalités fortes peuvent exister entre les élèves d’une même école, les plus grandes sont celles entre les écoles, avec l’origine socioéconomique des élèves comme le facteur déterminant. On peut donc se demander comment une mesure destinée à tous les élèves et à toutes les écoles peut réellement réduire ces inégalités.

Ensuite, il faut regarder l’ampleur des mesures. Pour le co-enseignement, on est à 2-4 heures par semaine (selon le niveau). Même si c’est mieux que rien, ces quelques heures ne suffisent pas pour pallier l’ensemble des déficits, sachant que dans de nombreuses écoles à ISE bas, le travail de l’équipe ne se limite pas à donner cours, mais comprend un accompagnement social important.

Pour le FLA, les moyens sont distribués selon les résultats des tests de diagnostic, et ces résultats amènent un investissement plus fort dans les écoles à classe ISE basse. Néanmoins, le FLA ne représente que quelques heures par semaine dans un cours spécifique et c’est l’ensemble de l’équipe éducative qui devrait être formée pour tenir compte du FLA dans tous les cours pour augmenter les chances de réussir de tous les enfants. Par ailleurs, le budget a été fortement limité et le dispositif est restreint aux classes de 3e maternelle jusqu’à la 2e primaire. Certes les premières années sont importantes, mais cette logique suppose que la distance plus grande aux codes scolaires peut être comblée en quelques années et oublie que dans les écoles à ISE bas, il y a une population importante de primo-arrivants. Tous les enfants ne commencent pas leur scolarité belge en première primaire…

Allez Hercule

On peut donc remettre en question l’optimisme de certains. Pour la FWB, l’effort financier pour ces mesures a été significatif. Mais, un effort beaucoup plus important est nécessaire si la réduction des inégalités représente une réelle volonté politique. Cela comprend l’effort compliqué de séparer les écoles de tronc commun, mais aussi un transfert significatif, éventuellement temporaire, de moyens des écoles favorisées à celles qui scolarisent des enfants des milieux populaires.

Notes de bas de page