Fermeture annuelle du 13 au 28 juillet : les commandes seront assurées jusqu'au 12 juillet et dès notre retour. Bonnes vacances !

Un Conseil au sein d’une asbl

Une asbl bruxelloise qui a pour but de permettre aux jeunes de créer ensemble une société inclusive, égalitaire, solidaire, non violente et durable à travers différents projets intercommunaux s’organise avec la Pédagogie institutionnelle (PI). Petit tour dans nos Conseils de coordination.

J’ai découvert la PI en arrivant dans l’asbl, il y a un an et demi. La première fois que j’ai assisté à un Conseil de coordination (réunion de l’équipe de coordination qui se tient chaque semaine pendant deux heures), j’ai été impressionnée de voir un ordre du jour s’établir sous mes yeux et surtout que celui-ci soit minuté. Le plus impressionnant reste que ce minutage a été respecté et que le Conseil s’est terminé en temps et en heure après que chaque point a pu être discuté équitablement.

C’est le directeur de l’association qui a fait entrer la PI au cœur du processus de décision et d’organisation de la structure. Tout le monde n’a pas suivi aisément ce nouveau mode, mais aujourd’hui peu souhaiteraient revenir en arrière.

Je peux vous donner un conseil ?

Dans notre équipe, nous sommes six coordinateurices et un directeur. Chacun·e d’entre nous porte aujourd’hui des responsabilités fixes (hygiène, matériel, anniversaire, affichage…) et d’autres qui tournent de Conseil en Conseil (présidence, secrétariat, gardien du temps…).

Dans les premiers temps, notre directeur présidait systématiquement les Conseils, car personne d’autre que lui ne souhaitait prendre cette responsabilité ou ne s’en sentait capable, bien qu’il nous y invitait quasi systématiquement. Par contre, les responsabilités de secrétaire et de gardien du temps étaient prises par les uns et les autres, en tournante, sans vraiment de difficulté.

Comme beaucoup je pense, la première responsabilité que je me suis sentie capable de prendre a été celle de gardienne du temps. Elle me semblait sans trop de difficulté et aisément endossable. Pourtant, comme chacune des responsabilités, elle a, elle aussi, son petit relief. En effet, il n’est pas forcément aisé de savoir à quel moment interrompre les échanges pour signifier que le temps est bientôt écoulé ou encore plus, lorsqu’il est dépassé. Cela dit, ce premier pied mis dans la prise de responsabilité m’a amené à expérimenter les suivantes.

Après avoir été garante du temps quelques fois, je me suis ensuite essayée au secrétariat. Là, il y avait plus d’enjeux pour moi, car le PV est ce qui fait foi ensuite dans les éventuelles questions et prises de décisions. Il faut y être synthétique, ne pas particulièrement y relater les échanges, mais y consigner les propositions et décisions actées par le Conseil.

Si aujourd’hui encore, il m’arrive de prendre le rôle de secrétaire lors de nos Conseils, c’est la responsabilité avec laquelle je suis le moins à l’aise.

Après une année d’expérience de Conseil, de gardienne du temps, de secrétaire et aussi après avoir vu des collègues dans le rôle de président·e, j’ai eu, un jour, envie de m’exercer au rôle de la présidence.

J’ai attendu un Conseil léger aussi bien sur le nombre de points à aborder que sur le fond pour me lancer dans le grand bain.

J’ai la chance de travailler dans une ambiance bienveillante de la part de toustes et mon directeur m’a rassuré en me disant que je n’avais rien à perdre, tout à gagner et que dans tous les cas, il était là si j’en avais le besoin pour m’accompagner dans cette présidence. Je n’ai pas de souvenirs particuliers de cette première expérience présidentielle, si ce n’est qu’effectivement je n’ai rien perdu. Bien au contraire, j’y ai gagné en expérience et en confiance en moi.

De mon point de vue, la présidence ne diffère pas énormément d’une conduite de réunion classique si ce n’est que j’y ai appris à plus distribuer la parole, à reformuler les dires et propositions de chacun·e et à me tenir plus en garante des échanges qu’en personne ayant le dernier mot.

Et la hiérarchie dans tout ça ?

Quels sont les enjeux de relations hiérarchiques dans tout ça ? Pour l’instant, cette description semble se faire dans la meilleure des ententes, sans tension ou autre déséquilibre hiérarchique. Pour autant cela n’est pas toujours vrai.

« Une Responsabilité est quelque chose que l’on prend, on ne peut ni l’imposer ni la souhaiter pour une personne. »

Dans mes différentes expériences de présidence, il m’est parfois difficile de ne pas accorder plus d’importance à la parole de notre directeur qu’à celle de mes collègues coordinateurices ou encore de lui donner plus facilement et rapidement la parole. En effet, bien que lors des Conseils (et même majoritairement en dehors) nous soyons d’égal à égal se pose la question de la place de chacun·e et de l’égalité.

La PI a, entre autres, pour objet, ou objectif, une redistribution égalitaire du pouvoir et des prises de décisions collectives. Cependant, cela ne peut se faire que si chacun et chacune se sent à sa place et fait des propositions. Ainsi, lors de discussions, la voix de toustes a le même poids.

Il est déjà arrivé que le Conseil prenne une décision allant à l’encontre de l’avis particulier du directeur. Qu’après avoir entendu les arguments et contrarguments de l’ensemble des personnes présentes, la décision commune est différente de celle qu’elle aurait été si le responsable hiérarchique avait été le seul décideur. C’est dans ces cas-là que le collectif rend la structure encore plus forte.

Oui, mais encore ?

J’évoquais plus haut l’existence de responsabilités prises à l’année par une même personne. Ces responsabilités fixes sont abordées lors de chaque Conseil lors du Tour des responsabilités (TDR). C’est pour moi, dans ce TDR, que les relations hiérarchiques s’effacent le plus. De mon point de vue, c’est l’institution qui permet que chacun·e se sente sur un pied d’égalité.

En effet, une Responsabilité est quelque chose que l’on prend, on ne peut ni l’imposer ni la souhaiter pour une personne. Toute Responsabilité peut être créée lors d’un Conseil si le collectif pense en avoir besoin pour mieux fonctionner. Chez nous, par exemple, il y a une Responsabilité Anniversaire, Affichage, Matériel, Hygiène. Nous réfléchissons à une nouvelle Responsabilité Rangement après les évènements, mais pour le moment personne ne s’est encore porté volontaire pour l’assumer.

Une Responsabilité se prend et on en rend compte à chaque Conseil lors du TDR. Il n’est pas question ici de prise d’un pouvoir individuel, mais bien d’une charge que l’on assume pour le collectif. Une des précisions importantes à apporter, il me semble, c’est que la personne responsable n’est pas automatiquement et forcément la personne qui va exécuter l’action à faire, mais celle qui sera garante que cette action soit faite. Ainsi, lorsqu’une personne se porte Responsable, elle ne l’est pas en fonction de son statut dans l’asbl, mais bien comme individu de la collectivité.

Lors du TDR, elle annonce les possibles avancements, actions menées ou au contraire le statuquo en lien avec sa Responsabilité. C’est le moment où chacun·e pour s’exprimer sur la façon dont la Responsabilité est habitée et amener un éventuel point à soulever en lien avec cette dernière. L’idée ici n’est en aucun cas de faire un procès d’intention, mais bien de questionner et/ou d’améliorer ce qui peut l’être.