Un métier, leur métier

Inès et Gabin, deux élèves de grande section, ont demandé à avoir le métier des étiquettes de présences au dernier Conseil métiers.

À chaque fin de journée au moment des métiers, Inès et Gabin se retrouvent à l’entrée de la classe pour enlever les étiquettes que leurs camarades ont enfilées le matin dans la pochette de leur équipe. Ils les déposent sur un petit meuble afin qu’elles soient disponibles à l’arrivée des élèves le lendemain matin.

Un jour de janvier, je les observe pris de fou rire au moment de leur métier. Visiblement, ils partageaient un moment drôle et plaisant. Après le départ des élèves, je trouve que les étiquettes ne sont pas vraiment bien disposées sur le meuble.

Au bout de quelques jours ayant constaté le même scénario et n’y résistant plus, je leur demande pourquoi ils rient ainsi au moment de leur métier.

Inès me répond : « C’est qu’avec les étiquettes, on raconte quelque chose. Aujourd’hui, c’est un monstre crocodile. Hier, c’était un panneau de basket. »

Moi : Il faut le dire à vos camarades !

Ines : Oui, le soir au moment du cahier noir.

Moi : Oui, j’écrirai ce que vous nous annoncerez.

Le lendemain, au moment de noter dans le cahier noir les évènements particuliers de notre journée de classe terminée, Inès demande la parole et explique : « Aujourd’hui, on a fait un soleil avec les cartes de présence ! »

Quelques jours plus tard, Inès nous informe, au moment du cahier noir, qu’ils se sont mis d’accord avec Gabin pour réaliser un jour l’idée de Gabin et le lendemain la sienne. Et que ce soir, c’est Gabin qui va annoncer l’installation réalisée.

Inès

L’année passée en moyenne section (MS), Inès avait déjà ce métier, en tant qu’apprentie. Elle avait du mal à trouver sa place dans la classe. Elle rechignait à venir le matin. Souvent absente sans réelle raison, sa vie était à la maison avec sa mère et sa grand-mère et non en classe avec nous. Cette année, elle veut lire, écrire. Elle a des interventions orales très fines et bienveillantes à l’égard de ses camarades. Elle pointe très subtilement leurs progrès et les encourage. Ses commentaires sur les albums lus sont plein de sensibilité et de finesse. Je la trouve bien à sa place aujourd’hui parmi nous. Elle est chef d’équipe, car elle a été choisie par beaucoup d’élèves de la classe.

Gabin

Gabin est un nouvel élève dans la classe. Après un temps d’adaptation et de méfiance légitime durant le premier trimestre, il est plus souriant et plein d’entrain en venant en classe le matin. Sa mère dit qu’il ne traine plus pour s’habiller avant de partir à l’école. Il participe beaucoup aux moments de parole malgré son bégaiement.

Depuis, chacun s’est inscrit à l’atelier petits livres, atelier jusque-là plutôt fréquenté par les CP (cours préparatoire). Le taureau et l’ours pour Gabin, où un ours dévore un taureau qui est sorti de la ferme. Le gentil cœur et le méchant cœur pour Inès. Un méchant cœur, par sa colère, fait apparaitre un monstre qui fait peur au gentil cœur qui fuit.

Quand nous avons fait un nouveau Conseil métier, contrairement à ce que je pensais, Inès et Gabin ont demandé à en changer. Maintenant, ce sont Héloïse et Abel qui, dès le premier soir, nous ont eux aussi annoncé comment ils avaient installé les cartes de présence.

Il est permis de faire évoluer son métier

L’institution Métier est transformée. Chaque soir dorénavant, tout le monde attend avec impatience l’annonce de l’installation réalisée. Nous terminons la journée avec une note humoristique que nous trouvons tous très agréable.

« Chaque soir dorénavant, tout le monde attend avec impatience l’annonce de l’installation réalisée. »

Je pense que c’est grâce au métier qu’ils ont choisi, qu’ils se sont appropriés et qu’ils ont pu et su faire évoluer, qu’Inès et Gabin ont trouvé une bonne raison de nous rejoindre chaque matin et leur place dans le collectif classe. Ils ont pu ensuite investir les domaines d’apprentissage : productions d’écrits, paroles sur les albums lus, et prendre d’autres responsabilités comme celle de chef d’équipe.

À quelques semaines de ma retraite, mon métier de maitresse s’est encore, lui aussi, enrichi un peu plus.