Au nom du père

Un nom de famille, une origine, des racines, une langue, un patrimoine ! Une richesse à partager dès la maternelle et un outil de travail pour l’interculturalité.

Cela fait maintenant douze ans que je suis institutrice, douze ans que je complète des listes de présence. C’est un acte administratif, obligatoire, nécessaire et désagréable. Mais il peut devenir utile et intéressant. Dans le registre des présences, nous avons accès aux noms de famille des enfants et des parents ainsi qu’aux nationalités et aux lieux de naissance. Relever les présences, tous les matins, est devenu un moment de travail et de jeu, autant pour moi que pour les enfants. Il y a toujours une nouvelle manière d’exploiter le registre !
En maternelle, nous travaillons très souvent avec les photos des enfants. J’ai donc un sac magique et surtout opaque, avec les photos plastifiées et prêtes à être scratchées sur le tableau des présences. Les photos sont tirées au sort par un enfant ou par moi pour jouer à nous dire Bonjour. Nous nous serons la main, nous nous embrassons, nous nous câlinons. Une rencontre, un regard qui se révèlent être un moment essentiel au démarrage de la journée.
Prononcer les prénoms des autres enfants, les apprendre et être capables de les utiliser dans un jeu est une tâche difficile pour des enfants de deux à trois ans. Pour moi, c’est une manière de devenir élève et de prendre conscience de soi-même dans un groupe d’apprenants.
Bien souvent, les tout-petits ne connaissent que quelques autres prénoms, ceux de leurs copains les plus proches. J’ai pu observer que travailler la connaissance du groupe-classe favorise le sentiment de sécurité et d’appartenance, deux perceptions qui accélèrent les possibilités d’apprentissage des savoirs.
Chez les tout-petits, je commence par leur apprendre que nous sommes à l’école. Qu’on se dit bonjour et qu’on va apprendre une petite phrase : « Je m’appelle Léa », « Je m’appelle Amir » qui se transforme progressivement en : « Bonjour, je suis à l’école » ou « Bonjour à tous, je suis présent aujourd’hui. »
C’est l’occasion de démarrer de nouveaux jeux qui ne durent que quelques minutes. Par exemple, un jeu de devinettes : « C’est un garçon, il a les cheveux bruns, il porte des lunettes, qui est-ce ? »
Par la suite quand les enfants maitrisent mieux la langue, ils apprennent leur nom de famille : « Je m’appelle Lucas Vanderbist. ». Nous avons tous un prénom et un nom de famille qui nous permettent de nous distinguer des autres.

Faire parler les prénoms

Cette étape-là dure longtemps, mais grâce aux noms de famille, nous pouvons explorer et exploiter d’autres aspects du savoir-vivre ensemble.
Peu d’enfants connaissent leur nom de famille même chez les plus grands. Tous ne connaissent pas non plus les prénoms de leurs parents. Jouer aux devinettes des prénoms des papas est une expérience à vivre dans sa carrière !
De fil en aiguille, il m’a semblé très intéressant de porter mon attention sur ce nom de famille qui, en général, est le nom du père. Sauf pour quelques enfants qui ont le nom de leur mère ou même les deux noms de famille. Ce qui est aussi intéressant ! Ce nom porte une identité, un patrimoine, une culture. En partant de ce nom de famille, nous pouvons découvrir toutes les nationalités dans une classe, toutes les consonances, toutes les origines. Quelle richesse de pouvoir parler d’un autre pays, de ses voyages, de montrer des photos de ses parents et de sa famille. Chaque enfant porte son histoire et peut en être fier.
Il est aussi intéressant de travailler sur la distinction entre les origines, la nationalité et le pays dans lequel nous habitons. Beaucoup d’enfants ne savent pas qu’ils sont belges alors qu’ils sont nés en Belgique. Parfois, des élèves m’ont dit que leur maison était en Ukraine ou au Maroc. Il me paraît important de leur expliquer que notre maison, c’est là où l’on habite. Ils peuvent avoir une autre maison ailleurs ou de la famille dans un autre pays, mais l’endroit où ils vivent pour l’instant est la Belgique. Souligner cette appartenance-là est important aussi. Ils sont chez eux. Autre chose que l’habituel discours chez vous, chez nous qui tient à distance ceux qui viennent d’ailleurs.
Je suis persuadée que ce travail sur les noms et prénoms est une façon de travailler les identités et le sentiment d’appartenance au sein de ma classe et de mon école. Une façon aussi de familiariser chacun avec ses spécificités et celles des autres, de véhiculer ce qui peut rassembler et ce qui différencie. Il me semble que c’est une modeste façon d’accompagner les premiers pas vers la fierté de ses particularités.