Une tour gigantesque

Mon objectif durant les séances de psychomotricité est de veiller à ce que chaque enfant puisse apprendre avec envie et plaisir.

En octobre 2002, j’ai intégré l’équipe éducative d’une école fondamentale à Jumet en tant que maitre spécial en psychomotricité. Cette formation était animée par deux personnes qui disaient s’inspirer de la méthode Acouturier, travaillant autant le fonctionnel que le relationnel.

Depuis cette année, chaque classe de maternelle a deux fois 50 minutes de psychomotricité par semaine avec comme mode d’apprentissage l’activité libre spontanée. Les séances débutent toujours dans un coin rassemblement – « notre maison » – où j’accueille chaque enfant. Les règles de jeux (ce que l’on peut faire ou pas durant la séance) sont également remémorées par chacun. Par exemple, en 1e maternelle, deux règles sont à chaque fois rappelées : « On ne joue qu’avec le matériel disposé au centre de la pièce » et « On ne peut pas se faire mal ». En 2e, on ajoute « On ne peut pas casser les constructions des autres » et aussi « Si un jeu est occupé, il faut demander avant de le prendre ».

Ensuite, les élèves peuvent investir la salle selon leur envie, leur humeur, leur attente du moment. Ce qui est caractéristique durant ces séances, c’est qu’il n’y a pas de routine, d’ennui, ou de lassitude. Chaque enfant étant différent certains vont donc commencer directement sur les modules sensori-moteurs (bancs, espaliers, plint, gros mousses,…), d’autres vont construire ou jouer symboliquement (« je suis Zorro, Harry Potter, papa ou maman… ») d’autres, par contre, vont prendre un temps de réflexion avant d’entrer plus « activement » dans la séance.

Chaque enfant peut donc « être », évoluer, se développer et ce à son propre rythme. Durant les cours, l’enfant est acteur de son propre apprentissage et peut ainsi s’épanouir dans son entièreté. Il va prendre conscience de son corps, de ses limites, de ses craintes. Il va aussi les explorer, essayer de les repousser et même de les dépasser.

Ainsi, durant une séance, un enfant de 1re maternelle a pu réaliser une construction verticale plus haute que lui. Pour nous, c’est quelque chose de relativement facile, mais pour lui ça ne l’était pas. Les premiers essais n’étaient pas concluants. Mais il a essayé, recommencé, modifié, demandé aux autres de l’aider. Au bout de 20 minutes, il y est arrivé. Il prit conscience qu’en mettant les plus gros cubes en mousse en dessous et les plus petits au-dessus, la construction tenait mieux en équilibre. Il est alors venu vers moi et m’a demandé quelque chose pour pouvoir déposer le bloc au-dessus. On a cherché à deux et trouvé une chaise.

La « gigantesque » tour était construite. Cet enfant a été le seul acteur de cet apprentissage et a pu ainsi prendre conscience et intégrer différentes notions comme l’équilibre, les différentes grandeurs,…

Les fins de séances sont toujours identiques. Je prévois toujours 10 à 15 minutes afin que chaque enfant puisse verbaliser oralement ou par écrit (en dessinant) ce qu’il a vécu. (avec qui il a joué, ce qu’il a le mieux aimé faire, ce qu’il voudrait refaire la fois prochaine, ce qu’il n’a pas aimé…. .). Pour moi, c’est un moment important car l’enfant est reconnu. C’est toujours formidable de voir la joie dans les yeux des enfants lorsqu’on leur dit par exemple : « Je t’ai vu aujourd’hui grimper aux espaliers ». Pour lui, c’est important parce qu’il est reconnu comme tel et pas parce qu’il a fait quelque chose.