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Y a-t-il un pilote dans l’école ?

Ceci ne concerne qu’un regard, celui d’un directeur – aujourd’hui en congé – d’une importante école fondamentale d’Anderlecht (plus de 600 élèves de 2 ½ ans à 12 ans).

Ainsi le Contrat stratégique de la Communauté française pour l’enseignement est en vitesse de croisière et produit ses premiers effets, en particulier au niveau de l’enseignement fondamental. Après un renfort significatif de périodes d’encadrement des élèves de 1ère et 2ème primaire (qui ne tient pas compte de la pénurie d’instituteurs et des difficultés d’organisation d’horaires), une vague de décrets est à venir dans les prochains mois afin de redessiner le rôle des inspections, définir ce que sont des écoles en immersion linguistique, établir des tests et examens communs en primaire, etc. Bref, un lot de réformes qui d’une part donnent, enfin, quelques moyens de mettre en œuvre le décret missions et d’autre part renforcent significativement l’intervention du gouvernement sur l’enseignement.

Mais une fois encore, et malgré les erreurs du passé, la charrue est mise avant les bœufs ! Car, alors que tous les décrets précédents comme le décret missions qui définit clairement le rôle de l’école ou le décret de l’école de la réussite qui tente de donner un maximum de chances à chaque élève, sont encore loin d’êtres pleinement appliqués, de nouvelles réformes, toutes généreuses soient-elles, voient le jour. Or ce qui a cruellement manqué précédemment manquera encore tout autant : le pilotage et la mise en œuvre concrète, dans les écoles, de ces mesures. Ce rôle de pilotage revient d’abord aux directions des écoles. Partant de ce que je connais, à savoir la direction d’une école fondamentale et prenant l’exemple du renforcement de l’encadrement des élèves de 1ère et 2ème primaire, je pense que pour rendre cet encadrement efficace, il importe que la direction connaisse bien ses élèves, sache ceux qui sont en difficulté et coordonne le mieux possible les enseignants qui auront la charge de ces enfants. A côté du savoir-faire des instituteurs, ce travail de suivi et de lien avec l’équipe éducative (dont l’animation des conseils de classe et des concertations), avec les parents – pour qui il faut être disponible afin de les écouter, les rassurer, les conseiller – ou avec d’autres services comme les P.M.S, les écoles de devoirs, les centres de santé… est indispensable pour que la mesure porte pleinement ses fruits. Il en va de même pour le suivi de projets pédagogiques, pour la mise en œuvre des recommandations des services d’inspection qui vont être amenés à se concentrer sur le contrôle de l’application des décrets, pour les remédiations à apporter si, suite aux épreuves standardisées, telle école doit se reprofiler pour répondre aux socles de compétences, etc.Voici sans aucun doute le réel rôle d’un directeur d’école. Et ce ne sont que quelques exemples de ce que devrait être sa mission pédagogique.

Or dans l’enseignement fondamental, et particulièrement dans l’enseignement libre, de nombreuses directions sont seules pour assurer l’ensemble des tâches d’une gestion d’école. C’est-à-dire qu’elles sont à la fois économe, gestionnaire des bâtiments (ce qui leur prend bien du temps vu l’état de certains d’entre eux), comptable ; assument les rôles d’écoutant, d’assistant social, de soignant, d’administratif ; sont sans cesse sollicitées et dispersées par dix choses différentes de la vie quotidienne d’une école ; coordonnent le temps scolaire comme l’extrascolaire… bref, sont au four et au moulin et ne peuvent consacrer le temps et l’énergie nécessaire à l’essentiel de leur métier : le pédagogique.

Bien entendu, il existe autant de directions qu’il y a d’écoles fondamentales : que l’école compte peu ou beaucoup d’élèves, qu’elle soit attachée à une école secondaire qui, on ne sait pourquoi, bénéficie d’un vrai encadrement administratif, qu’elle soit soutenue par un pouvoir organisateur efficace ou inexistant, elle se situe dans un contexte qui s’est fondamentalement transformé. Alors qu’autrefois l’école imposait une coupure nette entre univers scolaire et univers familial, aujourd’hui parents et décideurs sollicitent en permanence l’institution scolaire. Or malgré cette complexification, la fonction de directeur d’école n’a pas reçu le soutien nécessaire. Il n’empêche, à l’heure où le contrat stratégique va ressortir un statut des directeurs d’école, il me semble vain de croire que les réformes de ce contrat vont grandement améliorer les performances de notre enseignement, si à la direction des écoles fondamentales ne se trouvent pas des pilotes pédagogiques, formés pour cette tâche et chargés exclusivement de gérer le projet pédagogique, la continuité et le suivi des élèves. Il ne s’agit pas dès lors de leur adjoindre une aide administrative insignifiante mais un véritable secrétariat de direction chargé de la maintenance matérielle de l’établissement et de tous les aspects liés à l’économat et aux finances. Alors, libérés de tâches périphériques, il leur sera possible de se consacrer à l’essentiel : les élèves.

Pierre Smets, octobre 2006