À chaque époque, chaque société bricole ses règles et ses tabous, pour la cadrer, la contrôler ou la réprimer : la sexualité, c’est aussi politique.
Qui suis-je ? Qu’est-ce que le sexe ? Le genre ? Qu’est-ce que le masculin ? Le féminin ? Quels mots pour nous orienter dans le labyrinthe, et auprès de qui les chercher ? Les hommes (les femmes ?) de foi ? Les parents ? C’est l’option des plus traditionalistes. Vous vous voyez, vous, vous épancher auprès de vos géniteurs, ou de vos enfants ? Un psy ? Mais qui peut se permettre une telle démarche ?
Nous sommes convaincus que l’école a à permettre à chacun·e d’étoffer ses repères sur le sujet, indépendamment de ses convictions. Pas simple, pourtant, de mettre en place des modalités de travail pour des jeunes qui n’ont pas nécessairement choisi d’être là ensemble, et se risquer à des paroles qui révèlent et qui voilent, entre franchise et pudeur. Vous trouverez dans ce dossier des récits de pratiques élaborées par des collègues, de la maternelle à l’enseignement supérieur, qui ne réduisent pas la sexualité — les sexualités — à des questions biologiques, médicales ou de prévention. Et où il n’est pas question que du corps.
Reste le combat politique contre des réactionnaires qui tentent d’instrumentaliser cette question pour remettre au gout du jour des idées qu’on espérait relever des manuels d’histoire. Reste aussi à comprendre les résistances à l’égard de cette éducation affective et sexuelle, de la part de familles, notamment d’origine populaire, dans ce qu’elles vivent comme une nouvelle intrusion de l’école dans ce qui ne la regarderait pas.
Comment défendre ce qui nous semble juste, sans contribuer à creuser une nouvelle fracture entre ces familles et la culture scolaire ? Comment faire pour que nos valeurs progressistes ne se convertissent pas en discours dominant, qui s’impose auxdits milieux populaires, au nom du bien — bien sûr — que nous leur voulons ?