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La réforme du qualifiant en gestation…

Il sera difficile de mener à bien la réforme de l’enseignement qualifiant prévue dans le Pacte : elle est prise entre de nombreux faisceaux d’intérêts différents.

La concurrence règne tous azimuts entre écoles et réseaux, entre enseignement et alternance. Elle se double d’une concurrence entre tous les acteurs pour l’accès à des stages de qualité.

Terrain miné

Les réseaux et les écoles craignent de perdre des parts de marché. Les enseignants du qualifiant, déjà malmenés par plusieurs réformes ont peur de perdre leur emploi ou de voir leur métier profondément modifié.

« Transformer en profondeur un système scolaire est un travail titanesque. »

Les entités régionales lorgnent sur les compétences d’une FWB au budget étriqué. Certains responsables politiques wallons voudraient régionaliser l’enseignement qualifiant pour le soumettre aux orientations de leur politique économique et aux intérêts patronaux à court terme. Pour atteindre leur objectif, ils n’hésitent pas à mettre en concurrence l’école et l’Institut wallon de formation en alternance et des indépendants et petites et moyennes entreprises (IFAPME) désormais considéré comme le modèle à suivre pour qualifier et éviter le décrochage scolaire. Or l’analyse des résultats est loin de le confirmer.

Les entreprises brandissent leurs pénuries et essaient de faire prendre en charge par des organismes de formation l’adaptation à des postes de travail spécifiques. C’est la part de travail de formation qui revient à l’entreprise et non à l’école.

L’enseignement obligatoire n’a pas pour vocation de coller aux besoins au marché de l’emploi. Il a pour vocation de fournir un socle de base commun à tous les élèves. Cela n’exempte pas l’enseignement qualifiant de veiller à enseigner des gestes et des savoirs professionnels qui soient en phase avec l’évolution des métiers. Mais inféoder l’enseignement au pilotage régional du marché de l’emploi serait voué à l’échec, car les entreprises n’analysent leurs besoins que sur le court terme, avec un objectif de minimisation de leurs couts de formation et du travail.

Mieux armer les élèves

Pour en finir avec sa fonction actuelle d’accueil des relégués de l’enseignement général, il est aussi possible de compter sur l’expérience de belles pratiques qui ont été développées dans l’enseignement qualifiant.

Par ailleurs, il n’y aura pas d’enseignement qualifiant de qualité sans investissement dans les bâtiments et dans l’équipement, ni sans stages respectueux des conditions de formation. Il ne s’agit pas s’adapter aux besoins des chefs d’entreprises, mais au contraire de revaloriser le contenu des qualifications.

Si d’autres chantiers fondamentaux du Pacte tiennent leurs promesses[1]L’objectif est de doter tous les élèves d’un socle de savoirs et de compétences commun avec des moyens pédagogiques. Aujourd’hui, il y a 30 % d’analphabétisme fonctionnel…, d’ici dix ans, les élèves devraient sortir du tronc commun avec un niveau de formation qui leur permettra de réellement choisir leur orientation vers l’enseignement qualifiant. Leurs enseignants pourront aussi aller plus loin dans les apprentissages.

Dans cette hypothèse réjouissante, puisqu’on en est à repenser les qualifications proposées, l’enjeu est un réenrichissement des postes de travail et donc des métiers. Pour rendre les travailleurs plus interchangeables et donner moins de prises au rapport de forces, tout en augmentant leur rentabilité, des secteurs[2]Lire à ce propos l’article «Ne pas se laisser démonter», TRACeS n° 237.  ont évolué vers une simplification des tâches et séparé le faire du penser dans l’acte de travail. Il s’ensuit une perte de sens qui contribue au malaise au travail[3]Lire à ce propos Éloge du carburateur. Essai sur le sens et la valeur du travailde M. B. Crawford : https://shrtm.nu/pBIY. Pour permettre aux travailleurs de faire des choix positifs sur le marché du travail, il faut que leurs qualifications soient plus exigeantes, plus complètes et qu’ils puissent continuer à apprendre dans leur métier sans être déclassés par les évolutions techniques.

Revaloriser le qualifiant, c’est aussi revaloriser les contenus des apprentissages. Une qualification conçue comme un tout, non réduite au séquençage d’aptitudes opérationnelles, intégrée par un ensemble de savoirs, savoir-faire et compétences qui rendent l’élève capable d’utiliser ses apprentissages dans des contextes variés et changeants. Ce n’est possible que si les élèves ont un vrai intérêt pour la qualification et des compétences de base suffisantes. Ce que tente de faire le tronc commun. Et ce n’est possible que si cette qualification s’accompagne de la formation humaniste qui cultive l’insertion citoyenne, ouvre à une compréhension du monde sous ses différents aspects, bref qui ne limite pas l’élève à ce qu’il faut apprendre pour trouver un emploi.

Les instances bassins enseignement formation emploi (IBEFE)[4]Ils développent le partenariat local entre les interlocuteurs sociaux et les acteurs de l’enseignement qualifiant, de la formation professionnelle, de l’emploi et de l’insertion. Ils … Continue reading sont les lieux qui rassemblent tous les protagonistes des mondes de la formation et de l’emploi. Ils vont avoir un rôle important à jouer dans cette réforme. Ravis de lire l’ambition qu’ils annoncent de développer des emplois durables et de qualité pour augmenter le taux d’emploi et de redéploiement économique. Et si on repensait l’enseignement qualifiant dans ce sens-là?

Notes de bas de page

Notes de bas de page
1 L’objectif est de doter tous les élèves d’un socle de savoirs et de compétences commun avec des moyens pédagogiques. Aujourd’hui, il y a 30 % d’analphabétisme fonctionnel…
2 Lire à ce propos l’article «Ne pas se laisser démonter», TRACeS n° 237.
3 Lire à ce propos Éloge du carburateur. Essai sur le sens et la valeur du travailde M. B. Crawford : https://shrtm.nu/pBIY
4 Ils développent le partenariat local entre les interlocuteurs sociaux et les acteurs de l’enseignement qualifiant, de la formation professionnelle, de l’emploi et de l’insertion. Ils produisent un état de l’offre de formation, identifient et analysent des filières ou des métiers à initier ou à développer au regard des besoins d’emploi de la zone.