Édito 273

La différenciation est dans l’air du temps. Mais d’où vient ce concept ? Est-ce que les idées autour de la différenciation progressent comme les nuages, en fonction de la couleur du vent qui les pousse ? Quand est-elle au cœur des pratiques aux différents niveaux d’enseignement ? Avec ce dossier, vous vous promènerez dans différentes classes, dans différentes disciplines, à la ville et à la campagne, et aussi hors de l’école, en alphabétisation. Des courants d’air frais, à contrecourant, sans en avoir l’air.

On le sait et on le déplore encore et encore : le système scolaire belge différencie très très très bien, de manière structurelle, il sépare les élèves en fonction de leurs difficultés en les orientant vers l’enseignement spécialisé, vers des filières et des options de relégation et en pratiquant le redoublement à tous les étages… Aujourd’hui, les priorités d’une droite sans scrupule balaient la clé de voute de la lutte contre les inégalités dans le Pacte pour un enseignement d’excellence. En arrêtant la progression du tronc commun dans le secondaire, le gouvernement MR/Engagés renonce à sa mise en œuvre et renoue avec les pratiques de différenciation structurelle.

Mais la différenciation pédagogique apparait trop souvent comme la baguette magique qui fera réussir le tronc commun. C’est pratique, ça évite de devoir se poser la question de la manière dont on va y arriver avec tous les élèves… Le projet de ce dossier est de clarifier et creuser la question dans la perspective de la lutte contre les inégalités.

N’y aurait-il pas avec la classe coopérative une place à la différenciation au sein du collectif contrairement aux pratiques qui vont dans le sens de l’individualisation et qui détricotent le temps pour le collectif ?

Les pratiques actuelles de la différenciation sont-elles en mesure de produire plus d’égalité ? Se plonger dans les cahiers des élèves nous montre que cela dépend des enseignants et que cela diffère selon les types d’établissement, si on n’y prend pas garde.

Les aménagements raisonnables pour une école inclusive font-ils partie de la différenciation ? Quels effets ont-ils dans le groupe et pour l’enseignant·e ? Y a-t-il une construction alternative du travail dans la classe pour éviter de stigmatiser les élèves ?

En France, les politiques ont imposé le recours aux groupes de niveaux et ça craint. Vous saurez pourquoi en lisant un des articles écrits par l’un des nombreux auteurs français qui ont collaboré à ce dossier.

Unissons nos réflexions, partageons nos pratiques pour lutter contre une instrumentalisation croissante de l’école qui assoit, l’air de rien, des idées fascisantes.

Comité de rédaction