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Un divan sur la colline

Rencontre avec François Ducat, le réalisateur du film Un divan sur la colline. Une collaboration possible pour les enseignants qui veulent travailler avec leurs élèves le conflit en Palestine.

Pouvez-vous vous présenter ?

Mon nom est François Ducat. Je suis né en France. Je suis venu faire mes études à l’Insas qui ouvrait une section documentaire. J’ai eu comme prof Michel Kheifi qui a eu une forte influence sur ce que j’ai fait par la suite. Je fais des films documentaires, et j’ai une attention au pédagogique, si je peux le dire comme ça. J’ai travaillé en collaboration avec des enseignants, dont Miguel et Michel, et aussi avec le tissu associatif.

Pouvez-vous nous faire le pitch de votre dernier film ?

Un divan sur la colline retrace à travers trois jeunes l’histoire de Battir, un village palestinien au destin exceptionnel dû à sa situation géographique particulière. En effet, la voie ferrée qui le traverse marque la frontière avec Israël et, située à la limite entre zone A (sous l’autorité palestinienne) et zone C (sous contrôle total d’Israël), Battir bénéficie ainsi d’un statut unique en Cisjordanie. Grâce à un accord datant de 1949, les Battiris, dont les terres sont en Israël, peuvent aller les cultiver sans contrôle ni checkpoint. La terre y est donc particulièrement précieuse, et les générations précédentes ont su la protéger pacifiquement. Hélas, la jeunesse actuelle ne montre plus la même énergie à le faire. C’est en tout cas ce que le film tente de montrer sans jugement ni morale.

Comment avez-vous rencontré ces jeunes Palestiniens ?

Je suis parti avec l’asbl La Clé, à Battir, pour proposer des ateliers vidéo. J’avais aussi l’intention de faire un film politique, après la réalisation de films plus expérimentaux. Au départ, je ne savais pas quel film, mais ce village m’a impressionné parce ses habitants résistent depuis 1949 avec des moyens légaux et pacifiques. Ils ont une intelligence dans leur manière de lutter. C’est à l’encontre de l’image du Palestinien avec une pierre dans la main. Ils ont réussi une sorte d’entente que je n’ai jamais vue ailleurs. À plusieurs reprises, ils ont obtenu des victoires. Le mur n’a pas été construit, ils ont réussi à obtenir la protection de l’Unesco. Ils ont tenté avec leurs cultures de vivre en autonomie. Conscient de la beauté de leur environnement, ils ont développé le tourisme au sein de leur village. Le fait qu’on parlait de leur village les protégeait de la colonisation israélienne, de cet encerclement qui se répandait outrageusement autour des autres villages. Développer le tourisme était aussi un moyen de donner des perspectives aux jeunes. Il y a 70 % de chômage.

J’ai rencontré des gens incroyables. Hassan Muammar qui est devenu par la suite mon assistant et qui était notre fixeur, notre guide. Nous voulions montrer le paradoxe dans lequel les jeunes sont pris : « Si je pars pour faire des études et avoir un bon métier, je peux aider ma communauté en envoyant de l’argent à distance, mais en même temps si tout le monde s’en va qui va rester ? Autant donner directement la terre aux Israéliens. »

Est-ce qu’en filmant puis en montant le film, vous pensiez déjà aux élèves qui le verraient ?

Oui, et d’ailleurs le premier financement qu’on a obtenu, c’est le financement de la direction générale du développement et de la coopération qui était conditionné à deux choses : qu’on fasse une version pédagogique du film (plus courte) et un dossier pédagogique. Le financement a été très long car le projet n’était pas très vendeur : rien de sensationnel, la volonté de filmer les jeunes dans leur quotidien, avec leurs enjeux et leurs rêves d’avenir. Puis, il y a eu la pandémie. Heureusement, Salahaldeen Abunima a pu prendre le relai et coréaliser le film. Il a pu aborder le fléau de la drogue, connaissant le sujet et des témoins.

Que proposez-vous aux enseignants ?

Je travaille avec Michel. Ce n’est pas nouveau. Ça fait longtemps que cette question existe, même si c’est plus épidermique depuis le 7 octobre. C’est lui que j’ai contacté pour faire le dossier pédagogique du film. Pour moi, le conflit israélo-palestinien n’est pas un conflit religieux, c’est un conflit avant tout politique et de droit
international.

Pour nous l’idéal, ce sont des collaborations avec des enseignants qui prennent le temps de travailler cette question brulante. Et le temps de préparer la rencontre en amont du film. Quand on a des demandes, on y répond. On vient à deux, dans l’école, on se présente. On montre la bande-annonce du film et puis on programme une séance dans un cinéma avec ensuite un temps pour les questions des élèves.

Quelles questions les élèves vous posent-ils après la projection ?

Ils ont toutes sortes de questions. Des questions liées à l’argent pour faire le film, ce qu’il rapporte. Des questions sur nous, notre position, notre religion. Beaucoup d’élèves sont contents du film qui montre les Palestiniens autrement, qui casse l’image qu’ils ont en tête de la région. Ils sont touchés par les personnes et par le fil rouge du film avec les échanges récurrents entre le fils et le père du genre : « Qu’est-ce que tu vas faire après le bac ? »

J’ai tenu à m’éloigner des codes du reportage, il n’y a pas d’interview, on ne me voit pas, juste ma voix off. Le film est en arabe. On ne voit pas d’Israélien alors qu’on dit souvent : il n’y a pas d’Israéliens sans Palestiniens, pas de Palestiniens sans Israéliens. Ils peuvent chacun, sans aucun problème avoir un destin séparé. Ce n’est pas un détail.

Vous m’avez dit que vous aviez eu un premier titre en tête, Œuvre utile. Il est en effet utile, merci pour ce film et cet entretien. J’espère que des enseignants vous utiliseront.


Vous pouvez contacter Seingalt asbl : seingalt.asbl@gmail.com
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