C’est la lutte !

 

Le monde bascule vers un nouveau système de régulation qui nous rappelle fortement le XIXe siècle. Nous devons donc acter la fin d’un système politique basé sur la concertation et repenser nos actions.

L’action impérialiste des États-Unis au Venezuela est le dernier clou dans le cercueil d’un système politique né après la dernière guerre mondiale, basé sur une cogestion. Cogestion dans l’ordre international, visant à endiguer ce genre de velléités impérialistes des nations et, cogestion à l’échelle nationale par les interlocuteurs sociaux sous forme de compromis entre patronats et travailleurs concernant la distribution des gains de productivité. Depuis le tournant néolibéral des années 1980, nous avons pu observer une lente, mais constante déconstruction de l’État social, avec la collaboration active des partis socio-démocrates et les syndicats qui, au nom d’un évitement du pire, le rendaient possible. En conséquence, de plus en plus d’électeur·ices se sentent délaissé·es par l’État et se tournent vers l’extrême droite, de nouveau aux portes du pouvoir dans beaucoup de pays occidentaux. En même temps, les classes aisées ont relancé leur course éhontée à la richesse extrême, creusent les inégalités vers des niveaux indécents[1]https://wir2026.wid.world/. Le monde du travail retourne à une logique beaucoup plus individualiste, avec une augmentation de la part des indépendant·es, et des emplois précaires comme les flexi-jobs et les contrats d’étudiant·e, réduisant les contributions au pot commun et soumettant les travailleur·euses à la merci de leurs patron·nes[2]Philippe Defeyt, Tableau de bord du monde du travail, https://tinyurl.com/bavznc5x.. Nous retrouvons donc une situation ressemblant à celle de la fin du XIXe siècle. Avec quelles conséquences pour l’action de CGé et plus largement pour le monde de l’enseignement ? J’en vois trois.

De la déconcertation…

Tout d’abord, le temps de la concertation comme mécanisme d’élaboration de décisions politiques est révolu, certainement à court terme, et très probablement à moyen terme. Même si le mot apparait désuet à certain·es, ce que nous observons aujourd’hui est bien une remise au gout du jour de la lutte des classes. Pour l’instant, ce sont les riches qui gagnent les batailles grâce au pouvoir quasi absolu que le succès électoral de 2024 leur procure. Et, ils s’en donnent à cœur joie : réductions fiscales pour les riches, austérité réservée aux domaines qui touchent les pauvres, contreréformes dans l’école pour assoir l’avantage éducatif de leurs enfants, de grands pas vers la privatisation et donc la marchandisation des services publics, etc. Tout cela dans une application pure et dure d’un rapport de force qui ne nécessite aucune concertation. Dans ce contexte, il faut reconstruire des outils, notamment associatifs et syndicaux, pour en faire des outils de lutte, pas de négociation.

…à l’action PANsectorielle…

En lien avec le point précédent, il me semble aussi qu’une approche sectorielle semble de moins en moins adéquate pour permettre des avancées réelles. Les rapports de forces sont pansectoriels et les politiques appliquées dans les secteurs semblent régies par les idéologies globales de la lutte des classes. Lors du colloque de Ce Qui Nous Arrive, en décembre, cela devenait très clair[3]https://cequinousarrive.be/cqna-2ieme-edition-merci/. Mener des luttes sectorielles reste important sur certains points, mais elles sont souvent réduites à des luttes défensives à reculons. Si nous voulons amener de vrais changements vers plus d’égalité scolaire, l’enseignement doit sortir de sa bulle et s’insérer dans le renversement du rapport de force avec d’autres secteurs. Cela demande évidemment un minimum d’accord sur la société que nous envisageons, mais rien que la question de la répartition des richesses devrait permettre de créer une coalition offensive.

…et à la défense de nos bien communs

Finalement, il faut décider comment réagir au gouvernement actuel qui bloque toute forme de réelle discussion et qui profite de son pouvoir actuel pour imposer sa vision de la société. Nous devons nous poser la question de savoir si notre énergie doit réellement passer dans la tentative de réformer, voire reconstruire un État social réduit à un triste minimum par plus de quarante ans de coups de hache, et toujours sous attaque permanente, ou aussi vers la construction d’alternatives hors des sphères de l’État, en tissant des solidarités et des solutions à l’échelle locale, en se protégeant mutuellement. L’école doit rester un bien commun et pour l’instant les biens communs sont gérés par l’État, mais si cet État détruit ces biens communs, au-delà de la lutte contre cette destruction, nous devons imaginer d’autres solutions pour les sauvegarder. Unissons-nous donc avec tous les partenaires intéressés pour avancer ! 

« L’école doit rester un bien commun. »

 

Notes de bas de page

Notes de bas de page
↑1 https://wir2026.wid.world/
↑2 Philippe Defeyt, Tableau de bord du monde du travail, https://tinyurl.com/bavznc5x.
↑3 https://cequinousarrive.be/cqna-2ieme-edition-merci/