De quoi s’agit-il ? Le point médian est une manière parmi d’autres de pratiquer l’écriture inclusive. Par exemple : instituteurs·trices, voire instituteur·trice·s. La ministre a décidé de l’interdire à l’école primaire et secondaire. Surréalisme à la belge, manœuvre politicienne ? Cela ne vaudrait pas un article si cette mesure n’était pas aussi significative et représentative d’une représentation dominante de la fonction de l’école dans l’apprentissage du français.
Gertrude, on ne sait si iel existe (ni de quel genre iel se revendique), mais iel (ne faudrait-il pas interdire aussi ce iel) aurait interpelé soudainement la Ministre (son genre ici semblant certain), la sachant plus attentive aux enseignantes (elles sont majoritaires) que ses prédécesserices[1]Nous osons ce féminin incorrect, car la forme correcte prédécesseures invisibilise les femmes à l’oral, alors que sur les 12 derniers ministres de l’Éducation, 10 étaient des femmes. Et … Continue reading. Inquiète·iet, à juste titre, des résultats (catastrophiques) de la FWB aux tests PIRLS, iel aurait demandé qu’on interdise le point médian afin d’améliorer ces résultats lors de la prochaine enquête internationale. On ne sait où Gertrude aurait pu voir qu’on lui demandait d’enseigner l’usage de ce petit point du milieu, mais ce qui est certain, c’est qu’iel a pu compter sur la vigilance de la Ministre qui a volé au secours de ses pauvres élèves déboussolé·e·s.
Institutrice en 2e primaire, se revendiquant du wokisme, Fatoumata exige de ses élèves qu’ils·elles·iels utilisent le point médian, non seulement pour visibiliser le genre, mais aussi l’origine coloniale et le niveau socioéconomique. Par exemple pour parler des patrons, les élèves doivent écrire patron·ne·s·patron·ne·s·patron·ne·s et pour les chômeurs : chômeur·euse·s· chômeur·euse·s· chômeur·euse·s. Ses élèves ont bien compris la manœuvre et s’amusent beaucoup. L’intention bien comprise et le plaisir du jeu leur permettent de mieux réussir que ceux de la classe de Gertrude. Il était temps que la ministre intervienne.
Bien sûr que la ministre doit interdire le point médian. Cela permet de montrer à l’opinion publique qu’il y a des choses beaucoup plus importantes que les statuts, que les enseignants peuvent faire grève, mais qu’elle se préoccupe davantage de l’apprentissage des enfants. En plus, ce foutu point médian, c’est quand même un truc d’intellos féministes, assez peu représenté·e·s dans son électorat. Non, oui, bien sûr qu’elle partage l’intention, mais les résultats à l’enquête PIRLS montrent qu’il faut simplifier la langue. C’est bizarre que citant les résultats, elle ne renvoie pas aux recommandations des chercheuses (elles sont toutes femmes) de l’ULg chargées du versant belge de cette enquête. Il est vrai qu’elles n’ont pas pensé au point médian. On ne peut pas compter sur les femmes ! Nous conseillons à la Ministre, malgré cela, de consulter leur étude[2]miniurl.be/r-6f1e.
Il n’est pas nécessaire d’interdire quelque chose qui ne pose aucun problème. Quelle institutrice de début primaire enseigne le point médian ?! Dans le cas présent, plutôt que considérer les enseignants comme des idiots, il aurait suffi de renvoyer vers les très bons textes à ce propos du Conseil de la langue française et de la politique linguistique[3]Avis relatif à la rédaction dite inclusive adopté en séance plénière du 4 octobre 2017 et note additionnelle sur l’impact de la rédaction dite inclusive sur l’apprentissage de … Continue reading. Peut-être la ministre ne les a-t-elle pas lus ?
Et s’il s’agit de simplifier l’apprentissage de la langue, nous conseillons à la ministre d’aller voir La convivialité, conférence spectacle d’Arnaud Hoedt et Jérôme Piron[4]miniurl.be/r-3aiq. Elle y trouvera de quoi beaucoup y travailler.
La ministre, comme beaucoup de parents et malheureusement comme trop d’enseignants, a une approche strictement normative de la langue. Faire du français à l’école, c’est obéir à des normes, respecter des règles, écrire sans « fautes ». Ce faisant, elle encourage et renforce cette approche. Une approche qui, de notre point de vue, est en partie responsable de nos mauvais résultats en lecture.
Voilà pourtant un sujet passionnant, pour les enfants aussi. Observer la langue, poser concrètement le problème à partir d’exemples : la langue est-elle sexiste ? Les femmes sont-elles invisibilisées ? Comment le dire autrement ? Peu importe le point médian. Ce qui importe, c’est d’inviter ses élèves à faire de la linguistique, à prendre la langue comme objet de réflexion. Et il faut l’essayer avant de dire que ce n’est pas possible, qu’ils sont trop petits. Très jeunes (7 ans ?), ils sont parfaitement capables d’entrer dans cette approche, une approche qui permettrait plus surement d’améliorer les apprentissages que l’interdiction du point médian.
Quelques recommandations des autrices liégeoises de PIRLS en FWB[5]miniurl.be/r-6f1f :
Nous souhaiterions un·e ministre qui ne prend pas ni les enseignants ni les enfants pour des idiots, qui ne les instrumentalise pas pour son image médiatique, qui laisse aux enseignants le choix de leurs méthodes pédagogiques, qui ne décide pas unilatéralement du contenu des apprentissages (même si ce n’est pas vraiment de cela qu’il s’agit ici). Il existe des référentiels. Si la ministre estime qu’il faut les revoir, nous avons aussi des suggestions à faire.
« Se poser les problèmes avec les enfants et chercher ensemble des réponses. »
Pour nous, la classe, en matière d’apprentissage de la langue, devrait être constituée comme un collectif de recherches en linguistique et cela, dès la maternelle. Prendre la langue non comme un ensemble de normes, d’impositions et d’interdictions, mais comme un objet passionnant de recherches. Se poser les problèmes avec les enfants et chercher ensemble des réponses. Ce serait beaucoup plus amusant et plus efficace pour tout le monde. Mais est-ce de cela que la ministre se préoccupe ?
Notes de bas de page
| ↑1 | Nous osons ce féminin incorrect, car la forme correcte prédécesseures invisibilise les femmes à l’oral, alors que sur les 12 derniers ministres de l’Éducation, 10 étaient des femmes. Et alors que précédemment, ce n’étaient que des hommes. |
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| ↑2 | miniurl.be/r-6f1e |
| ↑3 | Avis relatif à la rédaction dite inclusive adopté en séance plénière du 4 octobre 2017 et note additionnelle sur l’impact de la rédaction dite inclusive sur l’apprentissage de l’écriture. |
| ↑4 | miniurl.be/r-3aiq |
| ↑5 | miniurl.be/r-6f1f |