Sensibiliser à l’urgence du changement

Quel rôle peut endosser l’école face aux enjeux écologiques actuels ? Et si les sciences nous invitaient au changement ? Et si la mise en projet des élèves était une des pistes pour travailler le concept de la transition ?

Scienceinfuse, antenne de formation et de promotion du secteur des sciences et technologies, a pris le parti d’intégrer le concept de transition dans un nouveau programme d’animations scientifiques intitulé « Sciences en transition ». Son contenu s’adresse aux élèves de 5e et de 6e secondaire.

Quels liens entretenons-nous avec le vivant ?

Nous, élèves et professeurs accompagnateurs, sommes entrés, dans la forêt, les yeux bandés, en étant invités à prendre conscience que nous étions des hôtes extraordinaires du lieu de vie de multiples êtres vivants non humains. Nous avons perçu l’environnement avec les autres sens que celui de la vue, et tenté d’entrer en connexion avec ce milieu différemment que mentalement. L’exercice ne fut pas simple. Nous sommes néanmoins parvenus à accueillir notre sensibilité, à sentir ce que notre corps percevait de ce milieu forestier. Retour ligne automatique
Ensuite, nous avons pu observer les changements opérés sur le milieu par les castors, à la suite de la construction d’un barrage sur le cours d’eau traversant la forêt. L’inondation ainsi provoquée modifie le milieu et engendre le dépérissement de certaines espèces établies là. Néanmoins, cette modification présente aussi des avantages, tels que la retenue d’eau, favorable à l’établissement d’autres espèces, enrichissant, par exemple, la vie aquatique.

« Nous avons été confrontés à la difficulté d’avoir une réponse unanime aux enjeux évoqués. »

Nous avons poursuivi notre promenade, accompagnés du garde forestier, garant de ce milieu de vie. Bien qu’il nous ait rappelé que la forêt, telle qu’elle s’observe aujourd’hui, soit un milieu semi-naturel, c’est-à-dire créé et géré par l’humain, il n’en demeure pas moins que nous découvrons encore, chaque jour, de nouvelles connaissances sur la vie qui s’y déroule et que nous sommes loin d’en avoir fait le tour. Son échelle temporelle de travail est celle de l’évolution naturelle de l’écosystème forestier, à savoir près de cent-cinquante ans. Nous voilà projetés au-delà de la durée d’une vie humaine. Les relations symbiotiques, notamment entre les arbres et les champignons, nous rappellent à quel point chaque espèce a tissé des liens avec d’autres, résultat de millions d’années d’adaptations et de coévolution. Retour ligne automatique
Un avant-dernier arrêt nous a amenés à observer la vie du sol et à découvrir la vie grouillante qui s’y trouve et le rôle de chacun de ces organismes dans la reconstitution d’un sol favorable à la vie des êtres qui en dépendent, directement ou indirectement. Retour ligne automatique
Nous avons terminé ce tour en forêt par la recherche des traces laissées par ses habitants : marquage de territoire, marques de frottement sur le bas des troncs d’arbre, coques de fruits secs rongées, chapeaux de champignons croqués, parasites modifiant la physionomie de leurs hôtes, nids d’oiseaux… C’est alors que nous avons été invités à établir chacun le blason de notre rapport à l’environnement, contenant une image ou un symbole qui le synthétise, des personnes qui nous ont fait vivre des évènements marquants en lien avec la nature, des milieux, des paysages, des lieux, des moments, des expériences ayant amené une connexion avec elle. Le fait que chacun partage le contenu de son blason amène à nous découvrir mutuellement.

Aborder la complexité des phénomènes

Après avoir réalisé des manipulations permettant d’observer, dans un laboratoire, la réalité des phénomènes physiques à l’origine des changements climatiques (comme le cycle anthropique du carbone, le rôle du gaz carbonique dans l’effet de serre) et leurs conséquences (comme la dilatation thermique de l’eau, les effets de la fonte des glaciers continentaux sur le niveau des mers, la perturbation des courants marins, la vulnérabilité de certaines zones côtières face à la montée du niveau de la mer, la perte de biodiversité), nous avons participé à un atelier d’une heure et demie, par groupe, pour produire une fresque du climat. Cet outil [1] permet de se questionner sur les liens de causalité entre différents phénomènes et facteurs climatiques, présentés sur des cartes. Cinq lots de cartes sont remis un à un. Le but est de mettre les cartes dans l’ordre des causes et des effets et de dessiner ces liens avec des flèches. Au fur et à mesure, les élèves échangent des connaissances et des explications, parfois l’un ou l’autre s’énerve ou fait une pause, certains s’affirment comme meneurs, d’autres comme créateurs graphiques… La disposition des cartes évolue, les liens de causalité se complexifient. Retour ligne automatique
Bien que cet outil soit disponible en ligne, le fait de le vivre à plusieurs classes, de regarder et de partager le travail avec les autres groupes, crée une dynamique amenant la volonté d’aller jusqu’au bout de cet exercice qui vient chatouiller les connaissances, les met au défi d’une compréhension élargie du réchauffement climatique. Retour ligne automatique
Nous avons ensuite rencontré quatre scientifiques, quinze minutes à chaque fois, avec une séance de questions et de réponses. Les thématiques de recherche concernaient l’adaptation des cultures aux changements climatiques, l’effet rebond de nos appareils technologiques — qui, bien qu’ils consomment, à fonctions identiques, moins qu’hier, sont équipés de nouvelles fonctionnalités qui font que nos usages sont toujours plus énergivores —, ou encore la privatisation des semences. Une présentation des initiatives de transition déjà en place sur le campus nous a également été faite. À chaque fois, nous avons été confrontés à la difficulté d’avoir une réponse toute faite, une réponse unanime, aux enjeux évoqués. Tout comme une question de recherche en amène souvent de nouvelles.

Cultiver l’imagination

Les deux journées se sont clôturées par un partage collectif. Nous étions plus de quatre-vingts à cet évènement. Nous avons été invités à répondre à quelques questions : qu’est-ce qui m’a ému, qu’est-ce que ces journées m’ont appris sur notre rapport à l’environnement, qu’est-ce que j’y ai appris sur moi ? Ensuite, les élèves pouvaient proposer un ingrédient du monde futur auquel ils aspiraient. Le faisant d’un côté d’une ligne tracée au sol, ceux qui adhéraient à l’idée proposée étaient invités à se mettre du même côté.Retour ligne automatique
Enfin, nous nous sommes retrouvés en groupes classes pour réfléchir à l’école de demain. Par groupe de trois ou quatre, ils devaient proposer des ingrédients que devrait comporter cette école, si on pouvait la concevoir, et ensuite, la présenter de manière artistique : en chanson, en slam, sous forme de poème, de sketch, de jeu, de dessin… Une facilitatrice illustratrice a rassemblé les idées-phares pour en faire un tableau qui a été présenté en plénière.

Sans transition

La transition n’a pas été présentée durant ces deux journées d’activités, mais ces dernières ont amené les élèves à exprimer leurs envies pour le futur, en lien avec les connaissances actuelles du réchauffement climatique, les enjeux économiques qui y sont liés et notre rapport à la nature. Retour ligne automatique
Touché d’avoir vécu de tels moments avec les élèves, j’ai eu l’envie d’aborder le concept de transition en classe. J’ai commencé avec un questionnaire, pour tenter de cerner le concept, les renvoyant à différentes sources : le réseau des villes en transition, des articles de vulgarisation scientifique sur la transition énergétique et sur l’extinction de masse des espèces. Bien que la ligne du temps de la prise de conscience des enjeux écologiques planétaires induits par notre civilisation techno-industrielle, présentée par le réseau des villes en transition, soit particulièrement bien faite, elle fait référence à des évènements historiques, à des notions économiques et à des enjeux politiques qu’il ne m’était pas possible de développer correctement dans le cadre de mon cours. Il faudrait une approche interdisciplinaire et, surtout, plus de temps que ce que je peux y accorder. Retour ligne automatique
Deux journées ne suffisent pas pour aborder les défis planétaires. Mais que peut-on faire à l’école sur ce sujet ? Comment apprendre à définir la crise de manière systémique ? Comment apprendre à comprendre la crise sans étouffer sous son ampleur ? Comment apprendre à penser l’avenir en étant à l’écoute de son cœur ? L’école doit-elle se contenter de donner les outils scientifiques pour comprendre et agir sur le monde ou peut-elle aussi donner l’occasion aux jeunes d’analyser les discours politiques actuels sur les réponses à donner à la crise écologique (développement durable, écologie politique, décroissance, économie circulaire, capitalisme vert, transhumanisme, géo-ingénierie, transition écologique…) ? L’école doit-elle ouvrir son champ d’action en travaillant aussi sur les dimensions corporelles, énergétiques, émotionnelles et spirituelles des élèves, afin de redécouvrir et redéfinir la sacralité de la vie, d’incarner notre appartenance au cosmos et d’assumer notre responsabilité vis-à-vis de la vie sur Terre ?Retour ligne automatique
Notre système éducatif n’a pas intégré de manière institutionnalisée des approches qui tiennent compte des interdépendances tant des personnes et des groupes que des problèmes auxquels nous devons faire face et, encore moins, avec les autres espèces avec lesquelles nous partageons cette planète. Les journées « Sciences en transition » apportent leur contribution à cette recherche des connaissances utiles à la création d’un avenir viable et à la manière de les transmettre. L’idée de conclure sur une mise en projet permet de ne pas rester sur une note sombre et écrasante, mais de stimuler l’imagination et de mettre en commun les idées et les émotions. Une manière d’éduquer à l’espérance ?