Renforcer les savoirs de base ?

 

Depuis quelques années, un discours dont les médias font écho devient insupportable : il faudrait renforcer les « savoirs de base » à l’école. Comme si, jusqu’à présent, les enseignants ne s’étaient jamais préoccupés de l’apprentissage de la lecture, de l’écriture et des mathématiques élémentaires.

En tant qu’institutrice de première primaire, je peux vous assurer que chaque journée de classe est tournée vers ces apprentissages essentiels. L’apprentissage de la lecture, la compréhension du nombre et des opérations, la capacité à raisonner, voilà le cœur de notre métier. Quel enseignant aurait intérêt à ne pas faire progresser ses élèves ? Qui peut sérieusement croire qu’un professeur se lève le matin en se disant : « Aujourd’hui, je vais laisser mes élèves stagner » ?

« On donne l’impression que les enseignants sont responsables des échecs du système. »

Ce discours ambiant est non seulement insultant, mais il contribue à dévaloriser un métier déjà fragilisé. On donne l’impression que les enseignants sont responsables des échecs du système, qu’ils refusent de se remettre en question, qu’ils ne savent pas faire évoluer leurs pratiques. C’est faux, profondément faux. Beaucoup d’enseignants se forment, innovent, collaborent et mettent tout leur cœur à accompagner chaque enfant.

Le problème n’est pas de savoir si les élèves maitrisent ou non les savoirs de base. Tout enseignant sait déjà, avant même un test standardisé, quels élèves les ont acquis et lesquels rencontrent des difficultés. La vraie question est : que fait-on pour ceux qui ne les ont pas ? C’est là que le bât blesse.

Aujourd’hui, nous sommes contraints d’enseigner dans une école qui, trop souvent, laisse certains enfants sur le carreau. Non pas parce que les enseignants manquent de volonté ou de compétences, mais parce que le système n’offre pas assez de moyens, pas assez de temps, pas assez de soutien pour aider chaque enfant là où il en est. Chaque enfant a son histoire, son rapport à l’école, ses codes sociaux, sa langue et il arrive à l’école avec tout ce bagage.

Je revendique une école qui ne se contente pas de constater, mais qui agit. Une école où chaque élève, quelles que soient ses difficultés, reçoit l’accompagnement nécessaire pour progresser. Une école qui refuse d’accepter que l’échec soit une fatalité.

Alors, arrêtons de pointer du doigt les enseignants. Arrêtons de faire croire que nous serions coupables d’un supposé « déficit » des savoirs de base. Nous faisons notre métier avec passion et exigence. Ce qu’il faut, ce ne sont pas des slogans culpabilisants, mais des moyens concrets pour que plus aucun enfant ne soit laissé au bord du chemin.

Nous avons besoin d’une société qui reconnait la valeur de son école, la complexité de son métier et l’importance de donner à chaque enfant, vraiment, les moyens de réussir.