Les phrases qui tuent !

« Insipide, inodore, incolore », « Bon à rien ! », « Imbécile heureux », « Ni intellectuel ni manuel », « Tu n’y arriveras jamais », « Tu n’es pas à ta place, ici ! », « Pas mieux que ton père ! »…

Ça vous dit quelque chose ? Vous en avez d’autres ? Des plus assassines ? Lancées en classe ou sadiquement posées dans un bulletin ou un journal de classe ?

Tenter de comprendre ce qui se passe quand ça persiffle, souffre, souffle et, dans un claquement que l’on peut regretter à la vitesse du son, éteindre la petite flamme qui voudrait naitre ou, au contraire, attiser la grande colère qui va tout incinérer. Parfois pour longtemps, voire toute une vie. Mais, évidemment, ces phrases qui tuent ne sont pas seulement l’apanage des adultes de l’école. Hein, « Vieux con ! », « Prof de merde ! », « Ma mère a dit que vous étiez nulle comme instit… ? » Ou toutes ces phrases qui touchent et qui font mal.

Et donc, parlons de ce qui fâche, de ce qu’on dégaine dans une montée d’adrénaline, volontairement ou inconsciemment : écrivons la colère, la peur, la tristesse, le dégout et toutes ces émotions qui ne restent pas au portemanteau extérieur de la classe. Ou alors, n’en parlons pas. Enfermons-les dans une boite pour plus tard et n’ayons l’air de rien en attendant. Jusqu’ici tout va bien.

Et puis, au fond, est-ce vraiment une question de la classe ? Où sont les espaces pour laisser libre cours à ce qui (sur)chauffe, qui déborde ? Doit-il y en avoir ? Les émotions, celles qui touchent au cœur, à l’intimité du sujet, au for intérieur, doivent-elles devenir objets d’apprentissage à l’école ? Apprendre à les classer, les gérer, les sublimer, les étouffer ? Et pourquoi faire ? Doit-on, à l’école, se plonger dans ce champ de rapport au monde ? Au profit de qui ou de quoi ? En tout cas, certains et certaines en sont sures.

Il suffira peut-être, juste avant la météo des émotions, de répondre aux questions en cochant carré, étoile ou losange afin de mesurer votre intelligence émotionnelle. Ou toujours croire naïvement au côté romantique de l’enseignement, qui tient à l’intuition, à la relation duale, à la séduction, à la sublimation des émotions tant qu’elles ne remettent pas en question l’ordre froid de la salle des profs. Et tant pis s’il y a un malaise quand l’adulte appelle la petite Jessica, ma chérie.

Ce n’est pas plus facile quand on se surprend à dire « Va voir les éducateurs », « Va au PMS ». Ça sera Evras, Prodas, le planning familial qui s’occuperont de ça, qui s’occuperont de toi , qui te montreront comment aimer ou haïr sans prendre trop de risques. Et tant pis, si leur secret professionnel renvoie les émotions hors du champ des enseignants. Et tant pis si on ne sait toujours pas comment gérer deux enfants qui se montrent leur zizi-zézette ou deux ados à qui on dit « Ne vous mangez pas », pour calmer ce qu’on croit être des ardeurs déplacées, peu sérieuses, pas à sa place dans une cour de récré.

« Au fond, la honte est-elle une émotion ? À gérer ? »

Mais, ne serait-ce pas plutôt une question de classe ? Entre le combattif adage Ne te laisse pas faire des milieux populaires ou l’hypocrite Sois poli pour ne pas dire Reste à ta place, l’indiscipliné ? Et puis, Regarde-moi dans les yeux quand je te parle. Ou Baisse-les, plutôt. Au fond, la honte est-elle une émotion ? À gérer ?

Nous n’oublierons pas non plus, parmi toutes ces punchlines, celles qui relèvent, qui élèvent, qui donnent confiance, qui émancipent.

Quelle place prendre dans ce que certains appellent la pédagogie positive. Bref, faut-il aimer pour apprendre et apprendre à aimer, faut-il désirer apprendre et apprendre à désirer ? Entre langage, émotions, comportement, pudeur, quelle posture éthique doit-on adopter à l’école, pour ne pas faire trop de dégâts et être à la fois humain et professionnel ?

Va te faire voir !

Love,