2 Enseignement explicite

La pédagogie explicite se présente comme la seule pédagogie réellement efficace[1]Même s’ils s’en défendent parfois, cette prétention reste le plus grand obstacle à un débat ouvert entre eux et d’autres chercheurs., une efficacité mesurée par la moyenne de l’ensemble des résultats, par l’écart entre les plus forts et les plus faibles et par la corrélation entre résultats et origine sociale des élèves. Elle est donc aussi, d’après ses promoteurs, la plus équitable.

L’enseignement explicite, au sens strict, se présente comme un véritable modèle déposé, une AOC pédagogique sévèrement contrôlée. Pour être reconnue comme pédagogie explicite par ses promoteurs, l’enseignement doit correspondre strictement à la méthode décrite[2]Voir par exemple bit.ly/3zEsC9o ou encore bit.ly/3minZi5 pas ses auteurs. À tel point que quand Patrick Rayou titre son article «Pédagogie explicite[3]P. Rayou, « Pédagogie explicite », dans Recherche et formation 2018. bit.ly/3nMGBat», les promoteurs québécois du véritable enseignement explicite le considèrent comme non conforme et parlent de «la dérive des cousins français[4]bit.ly/40P799N pp. 57 à 62.».

Cette pédagogie porte bien son nom : c’est l’enseignement qui compte, cela signifie que ce sont bien l’enseignant et le savoir, à travers les comportements exigés, qui sont centraux. Alors que les pédagogies actives annoncent vouloir mettre l’élève au centre des apprentissages, l’enseignement explicite annonce clairement que les élèves seront objets d’instruction et d’éducation. Ils devront faire leurs gammes avant de pouvoir composer[5]Les didacticiens de la musique apprécieront….

« L’enseignement explicite, au sens strict, se présente comme un véritable modèle déposé. »

Pour être efficace, l’enseignant annonce d’abord aux élèves les objectifs et les enjeux d’apprentissage pour la leçon qui va suivre. Il donne ensuite les explications en les reliant explicitement aux objectifs annoncés. Lorsqu’il s’est assuré de la compréhension des élèves, il propose alors des exercices qui s’ils sont réussis permettent de passer à la leçon suivante. C’est bien parce que les objectifs et les enjeux de l’apprentissage sont annoncés que cette pédagogie s’appelle explicite, par opposition aux pédagogies actives qu’elle accuse d’être implicites et donc inefficaces.

Chaque leçon doit être bien préparée. Cette préparation prévoit d’abord les résultats d’apprentissages recherchés, ensuite les preuves qu’ils sont atteints et enfin les interactions avec les élèves pour y arriver. Ces interactions commencent par la démonstration de l’enseignant, le modelage, où c’est l’enseignant qui fait en pensant à voix haute et en donnant des exemples et des contrexemples. Le modelage est suivi par une pratique guidée, où c’est toute la classe qui fait ensemble, toujours en explicitant le plus possible, en parlant ce qu’on fait. Cette pratique guidée est suivie par une pratique autonome où c’est l’élève qui fait seul. Une dernière phase, la consolidation des apprentissages, est alors prévue. Chaque étape du programme est ainsi séquencée et fortement intégrée dans une progression structurée allant du simple au complexe.

Si l’enseignement doit être visible, les apprentissages doivent l’être aussi. La méthode insiste beaucoup sur les interventions de l’enseignant qui doit s’adresser à tous les élèves et particulièrement à ceux qui rencontrent des difficultés. Ces interventions cherchent à rendre visibles la manière dont chaque élève construit l’objet d’apprentissage, le cheminement de sa pensée et sa manière de comprendre ce qu’il est en train d’apprendre.

Enfin, pour justifier cette démarche, les promoteurs de l’enseignement explicite font appel à des notions de psychologie cognitive : charge cognitive, mémoire de travail, schéma mental et automatisation par répétition. Dès lors qu’on ne respecte pas les principes de l’enseignement explicite, on risque d’exposer les élèves à une surcharge cognitive entrainant leur échec et leur démotivation.

Pour eux, l’enseignement explicite se distingue de l’enseignement magistral traditionnel : l’enseignement explicite est un dialogue et non un monologue, la compréhension des élèves est vérifiée à tous moments et non seulement à la fin de la leçon, les élèves ne sont pas passifs, mais constamment sollicités, les exercices à réaliser sont toujours précédés par le modelage et la pratique guidée.

Notons enfin qu’ils opposent l’enseignement explicite à la seule «approche par la découverte», une approche qui, pour nous, n’a pas grand-chose à voir avec l’autosocioconstructivisme.

Notes de bas de page

Notes de bas de page
1 Même s’ils s’en défendent parfois, cette prétention reste le plus grand obstacle à un débat ouvert entre eux et d’autres chercheurs.
2 Voir par exemple bit.ly/3zEsC9o ou encore bit.ly/3minZi5
3 P. Rayou, « Pédagogie explicite », dans Recherche et formation 2018. bit.ly/3nMGBat
4 bit.ly/40P799N pp. 57 à 62.
5 Les didacticiens de la musique apprécieront…