D’habitude, enseigner le pluriel consiste à proposer aux élèves une suite de leçons sur le pluriel des noms (suivant les différentes terminaisons), le pluriel des adjectifs (dans toutes leurs variétés), des déterminants, des verbes… Tout se passe comme si pour apprendre à rouler à vélo, on me donnait d’abord une selle, puis un guidon, puis des pédales…
Et lorsque les enfants doivent s’exprimer dans une production personnelle, que se passe-t-il ? Nous nous plaignons du manque de transfert. Ils ne font pas les accords du pluriel. Est-ce donc une mission impossible ? Je vous propose de réfléchir sur le concept de singulier/pluriel d’abord via le pôle récepteur (lire le pluriel) et ensuite via le pôle production (écrire un texte au pluriel).
Lorsqu’un élève reçoit un texte pour apprendre de la grammaire, je trouve évident que le texte soit intéressant quant à son contenu. C’est plus motivant de disposer régulièrement d’un texte qui m’apporte des connaissances plutôt que chaque fois un texte narratif imaginaire…
Pour éviter de mettre les élèves en double tâche, lorsqu’ils ont compris le message, je leur propose de chercher tous les pluriels dans le texte et de m’expliquer comment on reconnait un mot au pluriel, c’est-à-dire à quelles conditions un mot est au pluriel dans un texte. Le but est d’arriver à ce genre de constat et il faudra répéter l’activité plusieurs jours de suite pour que l’enfant intègre ce type de démarche lorsqu’il devra relire des textes personnels sous l’angle du pluriel.
Il y a trois conditions pour qu’un mot soit au pluriel :
Le plus intéressant est d’apprendre aux élèves à scanner ses hypothèses à travers les trois conditions. Il faut qu’ils développent une démarche conjonctive. Ils doivent tester les différentes conditions l’une après l’autre.
Corollairement, nous nous sommes donc posé la question suivante : « Quelles procédures doit-on mettre en place pour transposer un message rédigé au singulier en message au pluriel ? » Autrement dit, si nous savons écrire un texte au singulier, comment pouvons-nous le transformer au pluriel ? C’est important à apprendre, car lorsqu’on rédige un texte, l’image de mots au singulier peut surgir rapidement (adressage) et il nous faut penser à le mettre éventuellement au pluriel.
En réalité, quelqu’un qui a acquis cette compétence utilise quatre procédures pour écrire au pluriel selon les cas. À nouveau, ces procédures ne sont pas liées à la nature des mots.
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N° |
Procédure |
Exemples |
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1 |
Ajouter une ou plusieurs lettres aux mots |
Lune Ï lunes Beau Ï beaux |
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2 |
Changer des mots |
Un Ï des Œil Ï yeux Suis Ï sommes Me Ï nous Je Ï nous |
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3 |
Changer la terminaison des mots |
Cheval Ï chevaux Je parle Ï nous parlons Il fila Ï ils filèrent |
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4 |
Pas de changement |
Mots qui ont toujours la même orthographe au singulier et au pluriel : nez, croix Mots qui n’ont pas de pluriel : sagement |
Le plus intéressant est d’apprendre aux élèves à prendre conscience des quatre possibilités. Il faut qu’ils développent une démarche disjonctive : c’est soit…, soit…, soit… Très souvent, si l’apprentissage a eu lieu, l’écriture est automatique. Pour un apprentissage efficace, il nous semble utile de prendre conscience de cela.
« À quand une approche plus favorable au transfert dans les écrits spontanés ? »
Exemple :
Phrase au singulier : Hier, le petit garçon nerveux a joué dans le bois avec un cheval.
Phrase au pluriel (procédure) : Hier(4), les(1) petits(1) garçons(1) nerveux(4) ont(2) joué(4) dans(4) les(1) bois(4) avec(4) des(2) chevaux(3).
À quand une approche plus favorable au transfert dans les écrits spontanés ? Dans cent ans, peut-être ?
Est-ce que je désespère ? Oui, un peu… beaucoup…